Affiche du film Willy 1er

Willy 1er

de Ludovic Boukherma et Zoran Boukherma
Bande annonce
Film français sorti le 19 octobre 2016
Avec Daniel Vannet, Noémie Lvovsky, Romain Léger, Eric Jacquet, Alexandre Jacques, Robert Follet, Geneviève Plet
Genre : Comédie dramatique
Durée : 1 h 22

À la mort de son frère jumeau, Willy, 50 ans, quitte pour la première fois ses parents pour s’installer dans le village voisin. “À Caudebec, j’irai. Un appartement, j’en aurai un. Des copains, j’en aurai. Et j’vous emmerde !”. Inadapté, Willy part trouver sa place dans un monde qu’il ne connaît pas.


Critique

À la mort de son frère jumeau, Willy, cinquante ans, quitte pour la première fois ses parents pour s’installer dans la bourgade voisine. Sa devise, son mantra qu’il lance à la tête de son père qui lui annonce la décision prise avec sa mère de le placer dans un centre spécialisé : « À Caudebec, j’irai. Un appartement, j’en aurai un. Un scooter, j’en aurai un. Des copains, j’en aurai. Et j’vous emmerde ! ». Confronté à une solitude qu’il n’avait jamais envisagée mais qui s’impose à lui, impitoyable, Willy part trouver sa place dans un monde qu’il ne connaît pas.

Le point de départ de ce film pas banal est la relation d’affection qu’ont nouée les quatre réalisateurs (déjà, un film réalisé à quatre, c’est une première !) avec un personnage assez incroyable, Daniel Vannet, qu’il serait hasardeux de définir comme inadapté tant il fait preuve de ressources inattendues. Cette collaboration avait déjà été au cœur de deux courts-métrages, primés au Festival de Clermont Ferrand : Perrault, La Fontaine, mon cul ! et Ich bin eine Tata. Ce premier long-métrage repose donc beaucoup sur ce personnage inventé mais très inspiré de la personnalité de Daniel Vannet lui-même, qui l’incarne avec une force brute souvent renversante, et un naturel qui emporte l’adhésion. Un personnage inclassable, tour à tour victime émouvante, pierrot lunaire attachant ou capable de bouffées de colère et d’amertume inquiétantes. Un personnage pas forcément aimable au premier abord mais qu’on apprend à aimer au fil du film, comme ça se passe dans la vie avec les personnalités anguleuses, rêches, pas dans les clous.

Willy 1er est une sorte d’hymne à la France d’en bas, quelque part entre un film de Bruno Dumont et un épisode de Strip Tease. Mais il n’est pas question ici de caricaturer la misère, le film ne rit jamais de son personnage mais s’amuse avec lui. Les aventures, les ambitions et les déceptions de Willy forment un récit initiatique rythmé, passant à toute vitesse du burlesque bricolé et souvent très réussi à une tension éprouvante pour les nerfs. Rire et émotion sont au rendez-vous avec ce film déjà propulsé comme œuvre culte.

« Willy 1er, c’est l’histoire d’un monde où la cruauté des hommes semble avoir gagné la partie. Un monde où la vie suivrait inexorablement son sillon avec pour seul horizon la misère. Mais en réalité Willy 1er est l’histoire d’un roi solitaire, d’un homme qui s’oppose avec toute l’énergie de ses rêves à ce chemin tracé dont il refuse la triste vacuité. Face au poids du deuil, face au handicap qui suscite rejet et moquerie, Willy brandit inlassablement la force de ses désirs, envoyant balader tout ce qui se dresse sur son chemin.

« Pour raconter ce parcours à la fois exemplaire et poétique, les quatre réalisateurs juxtaposent au réalisme un imaginaire sophistiqué. En mêlant les genres – burlesque et drame – et en mélangeant les références visuelles et musicales, ils parviennent à filmer au plus près l’épopée semée d’embûches de ce héros au corps imposant. Avec malice, ils réinventent une esthétique du drame social en même temps qu’ils bousculent nos regards de spectateurs parfois trop formatés.

« Car, comme Willy, nous désirons, nous aimons et souffrons. Comme lui, nous devons dépasser l’abîme que représente la perte d’un proche, comme lui nous cherchons la force d’une amitié bienveillante. Retravaillant la trajectoire de nos vies rêvées face à la dure réalité, Willy 1er s’offre à nous comme un film généreux, touchant autant à l’intime qu’à ce que partage toute communauté humaine. » (Idir Serghine, cinéaste)