Affiche du film The danish girl

The danish girl

de Tom Hooper
VOSTFR
Bande annonce
Film américain, britannique, allemand sorti le 20 janvier 2016
Avec Eddie Redmayne, Alicia Vikander, Ben Whishaw, Amber Heard, Sebastian Koch, Matthias Schoenaerts
Genre : Biopic, Drame
Durée : 1 h 59

The Danish Girl retrace la remarquable histoire d’amour de Gerda Wegener et Lili Elbe, née Einar Wegener, l’artiste danoise connue comme la première personne à avoir subi une chirurgie de réattribution sexuelle en 1930. Le mariage et le travail de Lili et Gerda évoluent alors qu’ils s’embarquent sur les territoires encore inconnus du transgenre.


Critique

C’est au Danemark, en 1882. Einar est un jeune peintre qui commence à être reconnu dans le milieu artistique qu’il côtoie avec sa jolie femme Gerda, peintre elle-même mais qui peine à se faire exposer au prétexte qu’elle refuse de peindre des paysages dans l’air du temps. Ses portraits, pourtant beaux, ne trouvent pas amateur. Mais elle s’obstine, vaguement jalouse du succès de son compagnon. Ils sont amoureux, libres, et cette ambiance bohème va bien avec un amour fort qui ne se laisse pas enfermer dans les convenances, ils vivent ensemble une passion commune pour un art qui est omniprésent dans leur intimité.

Einar est fasciné par les dentelles et les soies des costumes d’opéra, l’odeur des coulisses, la grâce des danseuses et lorsque, pour prendre la pose à la place d’un modèle qui tarde, Gerda lui demande de se substituer à la belle femme prévue, posant sur lui une robe blanche qui masque son costume gris, il refuse d’abord, gêné de devoir exposer au regard d’un tiers, fut-elle aussi proche de lui que Gerda, la dualité qui l’habite et qu’il refoule. Cet événement, à première vu anodin, va agir comme un révélateur et être le point de départ d’un cheminement difficile vers l’acceptation de ce qu’il est au fond et que tout lui interdit d’être.

Dès les premières (très belles) images on sait, on sent que Tom Hooper (réalisateur brillant du Discours d’un roi) va avoir le ton juste et le trouble qui se lit dans les yeux de Einar laisse d’emblée entrevoir le difficile combat intérieur qu’il entame. Eddie Redmayne est beau et a un talent fou, avec ce poil de narcissisme hésitant qui lui confère un charme cohérent avec le personnage qu’il endosse et le rend convaincant.

En ce temps là… l’homosexualité était considérée comme une maladie et il arrivait qu’on prescrive des traitements brutaux : internement, lobotomie, électrochocs… Parfois à la demande même des personnes concernées, qui avaient du mal à se vivre « différents ». Se sentir « femme » quand on était né « homme » était une affreuse anomalie… Heureusement l’amour de Gerda et la tolérance d’un milieu artistique exercé à la remise en question des tabous et à la recherche du sens profond des êtres et des formes rendaient possible cette difficile quête d’identité.

Était… on aimerait pouvoir parler au passé et c’est bien le talent de Hooper de faire, avec beaucoup de finesse et de douceur, que cette histoire ne soit pas seulement un récit d’un autre temps, et fasse entendre combien ce chemin vers soi est toujours d’actualité. Einar Wegener a réélement existé, il fut un des premiers hommes à devenir femme, sous le nom de Lili Elbe, après une opération dite aujourd’hui de « réassignation sexuelle ».

Oscarisé l’an dernier pour son incarnation du physicien Stephen Hawking dans Une merveilleuse histoire du temps, Eddie Redmayne « impressionne à nouveau tant il parvient ici à révéler la féminité de son personnage comme sa seule et vraie nature », écrit Télérama, « Redmayre réussit à créer quelque chose qui fascine encore plus que la stricte réalité : dans ce film souvent plus sage que son héros-héroïne, il fait surgir le cinéma. »