Affiche du film Sunset song

Sunset song

de Terence Davies
VOSTFR
Film britannique et luxembourgeois sorti le 30 mars 2016
Avec Agyness Deyn, Peter Mullan, Kevin Guthrie, Jack Greenlees, Ian Pirie
Genre : Drame
Durée : 2 h 12

Dans la campagne écossaise du comté d’Aberdeen, peu avant la Première Guerre mondiale. Après la mort de leur mère épuisée par les grossesses successives, les quatre enfants Guthrie sont séparés. Les deux plus jeunes partent vivre avec leurs oncle et tante tandis que leur soeur, Chris, et leur frère aîné, Will, restent auprès de leur père, John, un homme autoritaire et violent. Les relations de plus en plus houleuses entre père et fils conduisent Will à embarquer pour l’Argentine. Chris se retrouve dans l’obligation de renoncer à son rêve de devenir institutrice pour s’occuper de son père. Peu après, ce dernier succombe à une attaque. Ne pouvant se résoudre à quitter sa terre natale, Chris décide alors de reprendre seule la ferme familiale.


Critique

C’est un cinéma que les tenants de la modernité à tout prix pourraient qualifier de désuet s’il n’atteignait pas le sublime dans sa précision du romanesque et dans sa mélancolie lyrique. Du cinéma anglais à la fois littéraire (on croirait, en regardant et en écoutant le film de Terence Davies lire ou relire du Henry James : même si James était américain, il était plus britannique que nature, au point de prendre la nationalité de la reine Victoria peu avant sa mort), et organique tant le cinéaste est viscéralement attaché aux terres grasses du Nord de l’Angleterre et de l’Écosse. Un cinéma comme pouvait le fignoler un David Lean. Un cinéma d’une maîtrise totale où les harmonies de couleurs et la bande son vibrent à l’unisson des sentiments tour à tour heureux puis tourmentés des personnages.

Nous sommes un été au début du xxe siècle dans le comté rural d’Aberdeen, au Nord de l’Écosse. Le film s’ouvre magnifiquement sur les champs de blé dorés ondulant au vent sur une colline surplombant un lac qui reflète les paysages rudes et splendides des Highlands. C’est la fin des cours et Chris Guthrie, jeune fille de la petite paysannerie, est malgré tout pleine d’espoir car, élève brillante, elle peut légitimement aspirer à devenir institutrice. Mais le soleil, s’il illumine le cœur des jeunes filles en vacances, rentre peu dans la maison des Guthrie, où John, le père et tyran domestique, fait régner une discipline de fer sur toute la famille, notamment le frère aîné de Chris, Will, souffre-douleur parce que rebelle à l’autorité. Quant à la mère, bien que déjà d’âge mur, elle est contrainte par son mari d’enchaîner les grossesses nullement désirées. Et rapidement, alors que Will va choisir la liberté et l’exil en Argentine, alors que la mère va mourir en couches, et le père subir une attaque, le destin et les espoirs de Chris vont basculer. Comment la jeune fille brillante et lucide va-t-elle pouvoir affirmer sa liberté dans ce carcan ? Résistera-t-elle à la pression des prétendants et au mariage, étape obligée si elle en croit tout son entourage ? Dans le même temps se déclare la guerre avec l’Allemagne et la mobilisation se précise pour les hommes du village…

Sunset song est une description brutale mais superbe de l’Écosse rurale et puritaine du début du siècle, et l’amour du réalisateur pour cette terre parfois ingrate transparaît à travers chaque plan. Une terre travaillée par des paysans exploités dont le réalisateur magnifie la solidarité, les traditions, sans édulcorer leurs travers, leurs violence, leur misogynie. De cet univers rude se dégage un magnifique personnage de femme (intensément incarnée par la formidable Agyness Deyn, d’une beauté hors du temps), prise dans la tourmente de ses sentiments ambivalents, entre son désir d’accomplissement et la soumission plus ou moins consentie au poids des conventions étouffantes. Terence Davies filme avec une égale ampleur les champs de blé et les champs de bataille, avec une égale précision les intérieurs étouffants et les scènes de groupe, il joue en virtuose des couleurs et des ambiances musicales, nous chavirant le cœur quand s’élèvent les chants écossais mélancoliques, au son des cornemuses évoquant les temps heureux disparus ou les hommes partis loin de leur terre.