Affiche du film Room

Room

de Lenny Abrahamson
VOSTFR
Bande annonce
Film canadien et irlandais sorti le 9 mars 2016
Avec Brie Larson, Jacob Tremblay, Joan Allen, William H. Macy
Genre : Drame, Thriller
Durée : 1 h 58

Avertissement : des scènes, des propos ou des images peuvent heurter la sensibilité des spectateurs.

Jack, 5 ans, vit seul avec sa mère, Ma. Elle lui apprend à jouer, à rire et à comprendre le monde qui l’entoure. Un monde qui commence et s’arrête aux murs de leur chambre, où ils sont retenus prisonniers, le seul endroit que Jack ait jamais connu. L’amour de Ma pour Jack la pousse à tout risquer pour offrir à son fils une chance de s’échapper et de découvrir l’extérieur, une aventure à laquelle il n’était pas préparé.


Critique

L’idéal serait de voir Room comme on l’a lu. En ouvrant la première page du roman d’Emma Donoghue (paru en français chez Stock, en  2010, et en Livre de poche), on entend la voix d’un petit garçon qui décrit son environnement avec minutie, émerveillement, le jour de son cinquième anniversaire : un lit, un évier, la lumière qui passe par un vasistas que l’on ne peut ouvrir. La pureté de ce regard transcende et dissimule la réalité.

Il faudra quelques chapitres pour parachever la traduction de ces mots d’enfant : Jack et sa maman vivent dans une pièce dont un homme détient les clés… Ce tour de force littéraire devient un tour de force cinématographique : le réalisateur irlandais Lenny Abrahamson se joue de l’espace confiné où vivent Jack et Ma. La caméra adopte tantôt le regard innocent de l’enfant, tantôt la vision désespérée de la mère, enlevée, violée, prisonnière.

On court bien des dangers à exécuter des gestes virtuoses pour dire ou mettre en scène la souffrance. Mais, comme le roman d’Emma Donoghue (qui l’a elle-même adapté pour le cinéma), le film de Lenny Abrahamson ne s’écarte jamais de la perspective humaine de ses deux personnages principaux. Pour y parvenir, il fallait choisir très justement les interprètes. On sait désormais que Brie Larson s’est vu décerner un Oscar pour le rôle de Ma. L’actrice marche sur les traces de Meryl Streep ou de Kate Winslet, fondant son personnage avant tout sur la vraisemblance, en accumulant les signes (expressions, locutions, attitudes) qui disent la force qu’elle oppose à la violence de son geôlier.

Il fallait aussi un enfant qui soit un acteur, sans que cette propension à l’artifice se voie trop (ce n’est pas le moment d’être mignon). Jacob Tremblay (huit ans au moment du tournage, plus vieux que son personnage) restera comme un de ces prodiges enfantins qui donnent toute leur force à un film… Avec sa longue chevelure d’enfant sauvage, son teint blafard, il pourrait faire peur, pourtant il revient sans cesse à la vérité de l’enfance avec ses questions incessantes, ses caprices, ses enthousiasmes.

Brie Larson joue, elle, une très jeune femme prématurément vieillie. Enlevée alors qu’elle était encore au lycée, elle a mis au monde l’enfant né d’un viol, dans lequel elle met tout ce qu’il lui reste d’espoir. Forcée de négocier chaque parcelle de son existence avec son geôlier (que l’on voit à peine), elle a développé une ruse guerrière impressionnante, qu’elle exerce au seul profit de son fils. On peut aussi voir Room comme l’image d’un amour fusionnel, qui ne laisse aucun espace à ses protagonistes.

Plus tard Room prend un autre risque, celui de se frotter à la normalité de la vie quotidienne. Après un moment de tension presque insupportable, fils et mère retrouvent le monde et, privés de l’ennemi, doivent trouver à employer leurs forces autrement… Ma doit supporter le regard des autres, les noms qu’on donne à ce qui lui est arrivé. Lenny Abrahamson ne fait qu’effleurer la dimension collective de cette peur qui resurgit à chaque fois qu’une captive est libérée, en Autriche ou aux États-Unis… Le cinéaste préfère s’attacher à la douleur de la jeune femme qui doit affronter la répulsion qu’elle inspire à son père et la protection étouffante que lui offre sa mère. Cette seconde partie dilue forcément le formidable impact du début de Room. Elle est pourtant indispensable à ce film qui, à partir de la plus mortifère des situations, cultive délicatement les raisons de vivre. (T. Sotinel, Le Monde)