Affiche du film Planétarium

Planétarium

de Rebecca Zlotowski
Bande annonce
Film français sorti le 16 novembre 2016
Avec Nathalie Portman, Lily-Rose Depp, Emmanuel Salinger, Amira Casar, Pierre Salvadori, Louis Garrel
Genre : Drame
Durée : 1 h 48

Paris, fin des années 30.
Kate et Laura Barlow, deux jeunes mediums américaines, finissent leur tournée mondiale.
Fasciné par leur don, un célèbre producteur de cinéma, André Korben, les engage pour tourner dans un film follement ambitieux. Prise dans le tourbillon du cinéma, des expérimentations et des sentiments, cette nouvelle famille ne voit pas ce que l’Europe s’apprête à vivre.


Critique

Hasard du calendrier, Planetarium sort sur nos écrans quelques semaines après le très beau La Danseuse. Les deux films se rapprochent d’une certaine façon, ils dessinent tous les deux des portraits de femmes du début du XXe siècle, toutes les deux artistes forains et qui chacune à leur manière vont accompagner voire provoquer des évolutions marquantes dans la pratique de leur art.

Rebecca Zlotowski s’est inspirée de la vie des sœurs Fox, trois sœurs américaines qui ont inventé le spiritisme à la fin du XIXe. L’une d’elle avait été embauchée pendant une année par un riche banquier pour incarner sa femme défunte. L’autre source d’inspiration de la cinéaste, c’est le destin du producteur de cinéma Bernard Natan. D’origine roumaine, naturalisé Français, croix de guerre, parti de rien, il avait en 1929 racheté Pathé Cinéma. C’est notamment lui qui a créé les studios de la rue Francœur (aujourd’hui occupés par la Femis, l’école de cinéma où étudia Zlotowski), lui aussi qui a importé le cinéma sonore en France. Il fut victime d’une cabale antisémite, déchu de sa nationalité et livré en 42 aux occupants nazis. Mais la réalisatrice ne voulait pas faire un biopic de l’un ou l’autre de ces personnages, elle s’empare donc de ces deux histoires pour en faire un grand film romanesque ainsi qu’une formidable réflexion sur la force d’attraction du cinéma. Cet art de l’illusion auquel nous adorons croire.

Dans le Paris de la fin des années trente, deux jeunes médiums américaines, Kate et Laura Barlow, défraient la chronique en proposant dans les soirées mondaines des séances de spiritisme. Fasciné par leur don, un célèbre producteur de cinéma, André Korben, les engage pour tourner dans un film follement ambitieux, qui devrait révolutionner le cinéma de l’époque. Korben, d’abord sceptique quant au don de spirite des sœurs Barlow, décide de faire une séance privée et ainsi savoir à quoi s’en tenir. L’expérience va tellement le bouleverser qu’il prend immédiatement sous son aile les deux femmes. Mais plus fou encore, il décide qu’il doit être possible de filmer ce qu’il a vécu, de capturer l’image d’un fantôme. Entraînant la plus jeune dans un projet scientifique d’enregistrement des phénomènes paranormaux, il s’appuie sur l’aînée pour en saisir la nature à l’image, et projette de faire d’elle une star. Incarné par le trop rare Emmanuel Salinger, particulièrement émouvant dans ce rôle, Korben est l’image romantique du producteur comme on en fait plus ou presque, de ceux qui sacrifient tout pour qu’un film voie le jour.

« Cette histoire étrangement romanesque inscrit le glamour de ce monde du cinéma français d’avant-guerre, qu’on a si peu vu représenté à l’écran, dans le climat rance de la montée des périls. Les fantômes qui s’expriment semblent annoncer la catastrophe qui vient, mais restent obstinément invisibles. C’est là toute l’intelligence de ce film qui est d’abord une réflexion sur les puissances d’illusion du cinéma, sur la dialectique de l’incarnation et de la sublimation qui est à son fondement. » (I. Regnier, Le Monde)