Affiche du film Mimosas, la voie de l’Atlas

Mimosas, la voie de l’Atlas

de Oliver Laxe
VOSTFR
Bande annonce
Film espagnol, marocain, français, qatarien sorti le 24 août 2016
Avec Ahmed Hammoudi, Shakib Ben Omar, Saïd Aagli, Ikram Anzouli
Genre : Drame
Durée : 1 h 33

Une caravane accompagne un cheik âgé et mourant à travers le Haut Atlas marocain. Sa dernière volonté est d’être enterré à côté de ses proches. Mais la mort n’attend pas. Les caravaniers, craignant la montagne, refusent de continuer à porter le cadavre. Said et Ahmed, deux voyous voyageant avec la caravane, disent connaître la route et qu’ils mèneront le corps à destination. Dans un monde parallèle, Shakib est désigné pour aller dans la montagne avec une mission : aider les caravaniers de fortune.


Critique

C’est peut-être la majestueuse chaîne montagneuse du Haut Atlas marocain le véritable personnage central de ce film énigmatique et troublant. Du moins les hauts sommets fournissent aux images leur caractère hypnotique, leur splendeur éclatante et âpre à la fois. Les originalités de son relief ponctuent même les nuances du récit, lorsque la charge minérale écrasante laisse soudain place à la quiétude d’un immense lac ou aux recoins ombragés d’une caverne. Traversée pieuse et épique, le film suit un groupe de caravaniers, bientôt réduit à trois personnages, qui tentent de franchir les montagnes pour emmener leur chef spirituel mourant dans sa dernière demeure, de l’autre côté du versant. A l’image du Haut Atlas, qui fait figure de puissante métaphore, Mimosas est une œuvre qui impose sa présence monolithique, aussi fascinante que difficile à appréhender. Il s’échappe de ces images implacables une étonnante sensation, comme si quelque chose là-dedans nous préexistait et durerait bien après la projection encore. Une vérité indiscutable bien qu’impossible à saisir, cachée au creux de ce décor absolu et de la limpidité de ses images.

Il semble que l’histoire se situe dans des temps anciens. Ils sont vêtus de burnous traditionnels berbères et n’ont que des chevaux pour se déplacer. Leur cheikh sent sa fin proche et décide de rejoindre la ville de Sijilmassa au plus vite, en empruntant le trajet périlleux des montagnes. Au sein de la caravane, deux personnages de gredins, Ahmed et Saïd. « Ce n’est pas un chemin pour les chevaux » protestent certains. Le cheikh n’aura même pas à s’en défendre. Il a parlé et dans le film d’Olivier Laxe, la croyance est reine.

Parallèlement, dans une ville, de nos jours, un étrange convoi se prépare. Certains sont appelés à le rejoindre. Parmi eux, se trouve Shakib. Il a été choisi pour mener a bien une mission. L’obscur inconnu qui la lui confie pourrait bien être une divinité ou un diable : qui saura le dire ? « Va aider une caravane qui se déplace dans les montagnes », lui ordonne-t-il. « Un cheikh doit rentrer chez lui avant de mourir, tu vas l’accompagner. »

Dans une curieuse fusion des temporalités, Shakib rejoint la caravane et les ennuis ne tardent pas à débouler. La montagne dévoile son inhospitalité et les voyageurs sont trompés par les caprices de volontés supérieures. Que faire alors ? Certains veulent rebrousser chemin. Pour Ahmed, Saïd et Shakib, il faut croire, ne jamais s’arrêter de croire.

C’est peu dire que les temps sont crispés pour parler des religions. Le film d’Olivier Laxe en prend le parfait contrepied et traite d’une croyance dépouillée de ses impasses contemporaines. Car c’est bien la question de la foi qui se trouve au centre de cette œuvre opaque, dans laquelle le spectateur est volontairement placé face au doute, de la même manière que les pèlerins berbères sont mis à l’épreuve de la lassitude et de l’attente de la révélation. Le personnage de Shakib, drôle de loustic au physique pur et au regard fou, en est la synthèse : naïf ou illuminé, son élan mystique emmène tout sur son passage. Quelque part entre Cervantès et Pasolini, Mimosas crie haut sa foi dans un cinéma radical et envoûtant.