Affiche du film Mal de pierres

Mal de pierres

de Nicole Garcia
Bande annonce
Film français et belge sorti le 19 octobre 2016
Avec Marion Cotillard, Alex Brendemühl, Louis Garrel, Brigitte Roüan, Victoire Du Bois
Genre : Drame
Durée : 1 h 56

Gabrielle a grandi dans la petite bourgeoisie agricole où son rêve d’une passion absolue fait scandale. A une époque où l’on destine d’abord les femmes au mariage, elle dérange, on la croit folle. Ses parents la donnent à José, un ouvrier saisonnier, chargé de faire d’elle une femme respectable. Gabrielle dit ne pas l’aimer, se voit enterrée vivante.

Lorsqu’on l’envoie en cure thermale pour soigner ses calculs rénaux, son mal de pierres, un lieutenant blessé dans la guerre d’Indochine, André Sauvage, fait renaître en elle cette urgence d’aimer. Ils fuiront ensemble, elle se le jure, et il semble répondre à son désir. Cette fois on ne lui prendra pas ce qu’elle nomme « la chose principale ». Gabrielle veut aller au bout de son rêve.


Critique

Gabrielle a grandi dans la petite bourgeoisie agricole de Provence où son rêve d’une passion absolue fait scandale. A une époque, la fin des années 1950, où l’on destine d’abord les femmes au mariage, elle dérange, on la croit folle. « Elle est malade. Ce sont les nerfs… » Gabrielle cause décidément bien des tracas à sa famille qui souhaite, avant toute chose, sauver les apparences. La jeune femme est rebelle, remplie d’une passion bouillante qui fait désordre. Pour sa mère, il n’y a que deux solutions possibles : la faire interner ou la caser avec le premier venu, l’homme fort qui saura l’éloigner, supporter son caractère, ses extravagances et son goût de la liberté. C’est José, un saisonnier agricole espagnol, qui sera l’élu. Lui a les nerfs solides et ça tombe bien, car ils vont être mis à rude épreuve. José avale les couleuvres contre une promotion sociale orchestrée par la famille. Ce couple n’en est pas un – « je ne coucherai pas avec vous, je ne vous aimerai jamais » – même si, souvent, il ne manque pas grand-chose pour que ces deux-là se rencontrent enfin. Mais Gabrielle a la tête ailleurs, elle ne peut se contenter d’un mariage arrangé. Ce sera le grand amour ou rien.

Nicole Garcia filme joliment son héroïne, Marion Cotillard, souvent captive (de sa famille, de son mari ou de l’établissement thermal qui la soigne pour des calculs rénaux, son « mal de pierres »), jouant avec subtilité de l’omniprésence de l’eau (celle du lac, apaisante et qui calme ses fièvres, celle brutale des jets puissants qui lui attaquent le dos et les hanches lors des séances de thalasso, ou encore la mer qui borde sa maison, ou le Rhône sur les rives duquel un amant s’est pendu…). Si la réalisation est classique, Nicole Garcia donne de la chair à ces histoires d’amours qui ne se connectent pas, à ces contretemps des passions. (P.Y. Grenu, Culturebox)

Ce film mélancolique et ardent repose sur Marion Cotillard. C’est la comédienne la plus douée, actuellement, pour provoquer l’émotion et susciter la connivence : qu’on se souvienne de Deux jours, une nuit des frères Dardenne. Ou de The Immigrant, le plus méconnu des James Gray qui, dans une église, la filmait comme une Madone, comme Lillian Gish dans ses chefs d’œuvre muets… Excellente directrice d’acteurs, Nicole Garcia sublime sa sensibilité. Alors qu’elle freine celle de Louis Garrel, toujours prêt à en faire trop et qui devient, soudain, grâce à elle, impressionnant de retenue. Elle offre à Alex Brendemühl, peu connu en France, un magnifique rôle de mari consentant, parce que trop aimant. Le film est âpre et lumineux. Triste, aussi, comme peuvent l’être les vies à contre temps, comme en décrivait, jadis, Maupassant. (P. Murat, Télérama)