Affiche du film Le teckel

Le teckel

de Todd Solondz
VOSTFR
Bande annonce
Film américain sorti le 19 octobre 2016
Avec Julie Delpy, Greta Gerwig, Kieran Culkin, Danny De Vito, Ellen Burstyn
Genre : Comédie dramatique
Durée : 1 h 28

Le portrait d’un teckel et de tous ceux auxquels il apporte un bref instant de bonheur au cours de son voyage.


Critique

Quel plaisir délicieux – qu’on souhaiterait presque interdit – de retrouver la douloureuse tendresse et la délicate cruauté du grand Todd Solondz (Bienvenue dans l’âge ingrat, Happiness, Life during war time pour ne citer que les plus aboutis de ses films, dont Le Teckel fait assurément partie). Avec au rendez vous ses obsessions récurrentes : l’incommunicabilité dans la société américaine, l’hypocrisie et l’égoïsme de ses concitoyens, la dérision de la condition humaine… Des thèmes traités évidemment avec l’humour formidablement grinçant qui est la signature du cinéaste.

Le fil directeur du film est un chien qui ne paie pas de mine : le teckel au profil tout en longueur, le genre de petit clebs qu’on qualifie volontiers de rase-motte, de boudin de porte, ou de grande saucisse… Aux États-Unis, c’est d’ailleurs ainsi qu’on le désigne, « Wiener dog », titre original du film : et la « wiener », c’est la saucisse de Francfort qu’on entoure de pain mou pour faire les hot-dogs. C’est aussi un petit clin d’œil au personnage récurrent des films de Solondz, Dawn Wiener, que l’on découvrait ado complexée dans Bienvenue dans l’âge ingrat, puis un peu plus vieille dans Palindromes et qui est ici une grande fille un peu gauche incarnée par la toujours épatante Greta Gerwig.

Le teckel du titre sera donc présent dans les quatre petites histoires distinctes qui composent le film, mettant en scène divers personnages représentant tous les âges de la vie – de l’enfant à la vieille femme. Ça commence très fort puisque le premier maître est un petit garçon qui lutte contre la maladie, qui supporte courageusement les traîtements à répétition et à qui son père a offert ce chien pour le réconforter, l’encourager, lui faire plaisir… Sauf que le père et la mère du gamin sont d’insupportables bourgeois obsédés par la propreté, confits dans leurs habitudes et leur confort et absolument pas prêts à accepter la présence d’un chien dans leur quotidien.

Ce sera ensuite une jeune vétérinaire (Dawn Wiener / Greta Gerwig) un peu timide, un peu coincée, qui embarque un teckel malade et qui retombe amoureuse d’un ancien copain de fac torturé devenu un tantinet toxicomane. Puis viendra le tour d’un scénariste raté (excellent et trop rare Danny de Vito), prof désabusé dans une école de cinéma, haï de ses insupportables étudiants bouffis de prétention et étouffant sous l’esprit de sérieux. Et pour finir ce sera une vieille dame très riche et très malade (Ellen Burstyn, saisissante), dotée d’un sens suffisant de l’humour noir pour avoir appelé son teckel Cancer, qui est d’abord harcelée par sa nièce, actrice improbable et tapeuse chronique, puis assaillie par ses souvenirs qui viennent lui demander des comptes…

Chacun des épisodes, savoureux et très pince-sans-rire, est l’occasion pour Solondz de livrer une satire féroce des mœurs contemporaines : la futilité matérialiste des familles riches américaines (Julie Delpy parfaite en mère de famille upper classe à gifler) ; le vide existentiel des trentenaires solitaires ; la cruauté, l’hypocrisie et la suffisance du monde de l’enseignement du cinéma, sans oublier le ridicule achevé de celui de l’art contemporain ; la vacuité des vies passées à accumuler de la richesse… Comme toujours dans les Solondz réussis, c’est aussi tragique que jubilatoire. Et c’est par ailleurs d’une précision de mise en scène assez sidérante.