Affiche du film La passion d’Augustine

La passion d’Augustine

de Léa Pool
Bande annonce
Film canadien sorti le 30 mars 2016
Avec Céline Bonnier, Lysandre Ménard, Valérie Blais, Diane Lavallée, Pierrette Robitaille
Genre : Drame
Durée : 1 h 43

Simone Beaulieu, devenue Mère Augustine, dirige un couvent au Québec. Passionnée, résiliente, Mère Augustine consacre son énergie et son talent de musicienne à ses élèves. Lors de son arrivée, elle prend sa nièce, Alice, une jeune pianiste prodige, sous son aile.

L’école est un haut lieu musical qui rafle tous les grands prix de piano de la région. Il y résonne un flot de gammes, d’arpèges, de valses de Chopin et d’Inventions de Bach. Mais lorsque le gouvernement instaure un système d’éducation publique dans les années 60, l’avenir de Mère Augustine et de ses Soeurs est menacé.


Critique

Simone Beaulieu, devenue Mère Augustine, dirige d’une main ferme un couvent au Québec. Un couvent qui, dans les années 60, reçoit des jeunes musiciennes et dont elle a fait un creuset extraordinairement productif d’une quantité formidable de talents qui raflent tous les prix de piano de la région. Elle a de l’oreille, mais elle a l’œil aussi, Augustine, et rien ne lui échappe. On peut la trouver dure, intransigeante, implacable, mais on voit bien que chacune des quarante pensionnaires se laisse gagner par sa passion et dans la demeure somptueuse où les parents viennent en confiance accompagner leur fille, les parquets craquent, on chuchote, on critique, mais il n’est pas questions de mollir sur l’exercice, de transiger sur la discipline de fer qu’Augustine fait régner. La musique est omniprésente que c’en est un bonheur et on passe des chants religieux à la musique profane, à Purcell, Chopin et quand Alice déboule, nouvelle pensionnaire indisciplinée et rebelle… à Bach revisité en jazz. Mais pour Augustine, le talent compte plus que tout.

Curieusement, dans un contexte où la religion semble être un étouffoir qui ne laisse pas beaucoup de place à la fantaisie, Mère Augustine a quelque chose de très libre, en avance sur son temps. Au Québec (mais ailleurs aussi), les nones étaient parfois des bâtisseuses qui avaient souvent des idées plus à gauche qu’on ne pense et apportaient beaucoup au niveau social et culturel. Il fut un temps où les femmes n’envisageaient pas tellement de solutions pour parvenir à une vie autonome et pour certaines, entrer au couvent pouvait être un moyen de ne pas se soumettre à un homme, de s’émanciper, d’exprimer leur goût pour l’étude, les arts, voire le social, les voyages… Il y avait toutes sortes de couvents, toutes sortes de communautés et en leur sein même, d’horribles rétrogrades cotoyaient des progressistes pleines d’humour (moi-même qui vous cause, je me souviens d’une jeune dominicaine qui surveillait les dortoirs en patins à roulette et chantait des chansons qui n’avaient rien de chants d’église).

Le film raconte aussi le dégel d’une société, mais ce dégel-là va entraîner la suppression des aides aux écoles privées, et malgré le soutien financier de certains parents, cette évolution menace le musical pensionnat. On sera attentif à la scène du dévoilement, « quand on parle aujourd’hui du port du voile ou de la burka, la problématique n’est pas très différente » dit la réalisatrice. Les occidentaux ont tendance à l’interpréter négativement, mais cela peut être aussi constitutif d’une identité, il arrive aussi que le choix de se couvrir préserve et rassure… « Il ne faut pas oublier que cet abandon du voile nécessite tout un chemin, dit elle encore, perplexe de voir une des comédiennes, impliquée dans son rôle, pleurer : « c’est comme si on m’arrachait la peau… Ce geste n’est pas anodin. »

Lysandre Ménard, jeune pianiste de 21 ans qui joue Alice, a commencé le piano à cinq ans, a obtenu un grand nombre de prix dans toute sortes de concours et ajoute ici, avec son premier rôle au cinéma, une distinction de plus à son actif, celle de la meilleure actrice au festival de Newport. Quant à François Dompierre qui a dirigé musicalement le film, il a signé la musique d’une bonne soixantaine de films (dont Le Déclin de l’Empire américain, Jésus de Montréal…) et a composé quelques partitions régulièrement jouées un peu partout dans le monde.