Affiche du film Green room

Green room

de Jeremy Saulnier
VOSTFR
Bande annonce
Film américain sorti le 27 avril 2016
Avec Anton Yelchin, Imogen Poots, Patrick Stewart, Macon Blair
Genre : Action, Thriller
Durée : 1 h 36

Au terme d’une tournée désastreuse, le groupe de punk rock The Ain’t Rights accepte au pied levé de donner un dernier concert au fin fond de l’Oregon… pour finalement se retrouver à la merci d’un gang de skinheads particulièrement violents.

Alors qu’ils retournent en backstage après leur set, les membres du groupe tombent sur un cadavre encore chaud et deviennent alors la cible du patron du club et de ses sbires, plus que jamais déterminés à éliminer tout témoin gênant…


Critique

On avait adoré le précédent film de Jérémy Saulnier, l’excellent Blue ruin, un thriller qui mêlait savamment tension, violence et humour (on retrouve ici son acteur principal, Macon Blair, dans un tout autre rôle). On le connaissait aussi comme directeur de la photo sur les non moins excellents films de Matt Porterfield, Putty Hill et I used to be darker, qui brillaient entre autre par la qualité de leur cadre et de leur lumière. On avait apprécié le côté sec et sans fioriture du scénario de Blue ruin et l’humanité de son personnage, avec ses faiblesses, sa maladresse, qui donnaient d’autant plus de force et de crédibilité au film. On retrouve ici toutes ces qualités, en plus intense, avec une bonne dose d’adrénaline. Le scénario tient toujours sur une feuille de papier à cigarette, il n’en faut pas plus pour rouler un bon pétard.

Il y a des moments où on se dit qu’on aurait mieux fait de rester peinard chez soi… C’est ce que pensent très fort les jeunes musiciens du groupe punk-rock The Ain’t right (qu’on pourrait traduire par les « C’est pas juste ») en arrivant au fin fond de l’Orégon, découvrant, au terme d’une tournée calamiteuse, qu’ils vont jouer au bar de l’amicale des néo-nazis du coin, au fin fond d’une forêt aussi sombre que le trou du cul d’un redneck et qu’on peut raisonnablement supposer remplie de bêtes sauvages. La candeur de leur jeunesse révoltée cadre assez mal avec les gros méchants lourds qui les attendent face à la scène. Mais il en faut plus pour les démonter, et ils démarrent leur set avec Nazi Punks fuck off, une reprise un brin provoc des Dead Kennedys.

Après le concert, en arrivant dans leur loge, ils tombent sur un cadavre encore chaud, témoins malgré eux d’un meurtre. Le problème, c’est que le patron du bar veut pas trop de témoins, il aime pas trop l’idée que la police fourre le nez dans les petites affaires de son innocent club de néo-nazis. Les voilà coincés, en pleine nuit, enfermés dans la pièce miteuse et mal éclairée qui leur sert de loge, entourés par une meute de skinheads féroces et armés jusqu’aux dents…

Le patron du bar, et c’est là un coup de génie, c’est Sir Patrick Stewart, oui oui, tout à la fois le capitaine Jean-Luc Picard dans Star Trek et le professeur Xavier dans les X-men, la sagesse incarnée déclinée en espèce de version dégénérée du leader conservateur cynique, manipulant une bande de néo-nazis bas-de-plafond pour mieux servir ses petits trafics.
Au-delà du thriller très efficace, rempli d’humour et de sensations fortes, Green Room pourrait aussi faire figure de jolie parabole des gouvernements occidentaux conservateurs instrumentalisant l’idéologie d’extrême droite et la brutalité de ses sbires pour faire peur à une jeunesse révoltée et glisser l’évasion fiscale sous le tapis (« green » est aussi la couleur des dollars) : les garde-chiourme d’Aube Dorée cernant les Nuit Debout en quelque sorte, à moins que ce soit tout bêtement la faute du majordome des Le Pen… On en revient à la question que tout le monde se pose en voyant le film : rentreront-ils chez eux ?