Affiche du film Dieu, ma mère et moi

Dieu, ma mère et moi

de Federico Veiroj
VOSTFR
Bande annonce
Film espagnol, français et uruguayen sorti le 4 mai 2016
Avec Álvaro Ogalla, Marta Larralde, Bárbara Lennie, Vicky Peña
Genre : Comédie
Durée : 1 h 20

Gonzalo Tamayo, madrilène d’une trentaine d’années, poursuit toujours ses études de philosophie, sans grande conviction. Au tournant de sa vie d’adulte, Gonzalo pense qu’un obstacle entrave son aspiration à réinventer sa vie : on ne lui a jamais demandé son consentement pour être baptisé ! Il décide donc d’apostasier et entreprend des démarches pour être radié des livres de l’Eglise. Il voit dans cette rupture radicale la fin de ses tourments et de son attachement à sa mère. Il entre alors dans une course folle, de prélat en cardinal, entraînant dans son sillage un doux chaos. A travers cette quête irraisonnée aux yeux de tous, il revisite son passé et est envahi par de drôles de visions. Va-t-il accéder à sa liberté ?


Critique

Il y a dans cette petite comédie madrilène une bonhomie et une douceur qui séduisent tout naturellement. Est-ce l’humour attachant qu’elle porte sur son personnage en plein tourment existentiel ? Est-ce la délicatesse peu apprêtée de son style qui la rend si touchante ? Toujours est-il qu’une sympathie innée accompagne Gonzalo sur le parcours d’obstacles de son émancipation qui le mènera – pense-t-il – à devenir lui-même. Gonzalo, c’est l’archétype de celui qui a décidé de s’attaquer à plus fort que lui, le genre de gars facilement en proie au doute qui fait de sa vie un joyeux chantier, celui qui remet tout en cause sans se rendre compte qu’il est le centre de ses problèmes. De ce point de vue, Dieu, ma mère et moi entretient un lointain cousinage avec les comédies de Woody Allen. A cela près qu’elles auraient croisé le cinéma de Carlos Saura et de Luis Buñuel pour aboutir à une plaisante fable intime en mode mineur, rieuse d’une société espagnole garrottée par ses institutions principales.

À trente ans passés, Gonzalo n’en sort plus de ses études de philosophie. Il vit seul dans le joli quartier de La Latina à Madrid. Et à défaut de réussir quelque chose sur le plan personnel, il va tenter de s’affirmer par la négative et entrer dans une révolte placide contre les grands principes qui l’ont mené jusqu’ici. En somme, Gonzalo est en pleine renonciation à tout ce qu’il est sans l’avoir choisi, à son éducation, à sa mère, à ses études et surtout à l’Église. Car s’il y a bien quelque chose d’insupportable pour lui, c’est d’avoir été baptisé au plus jeune âge sans qu’il ait pu exprimer son avis sur une décision aussi fondamentale ! Et voilà l’axe autour duquel tout va basculer dans sa vie : Gonzalo a décidé d’apostasier, c’est-à-dire de renoncer officiellement à son appartenance à la religion catholique et d’exiger que son nom soit rayé des registres de la sacro-sainte Eglise.

Il entre alors dans une machine kafkaïenne hallucinante qui donne lieu à quelques scènes mordantes où on le balade de bureaux en autels et de curés en cardinal pour le sommer de se justifier et le dissuader de réussir. La bureaucratie et la mauvaise foi n’ont pas raison de la volonté de Gonzalo, habile en argumentation. Mais parmi toutes les objections des hommes d’Église, il en est une qui devrait l’interpeller : pourquoi vouloir effacer le passé ? Ce qui est fait est fait, alors pourquoi ne pas plutôt prendre acte de celui qu’on a été et se donner les moyens de s’en dégager ?

Progressivement, le désir d’apostat de Gonzalo contamine toutes les facettes de son existence. A commencer par ses relations avec sa mère, issue d’une famille traditionnelle et bourgeoise : quel malheur lorsqu’elle apprend la démarche de son fils ! Mais c’est sa cousine, la belle Pilar pour qui il nourrit une passion amoureuse depuis l’enfance, qui va contribuer à lui ouvrir les yeux sur la personne qu’il est et forcer Gonzalo à saisir les opportunités d’aller de l’avant. S’il veut s’émanciper, Gonzalo peut bien renoncer à tout, il faut aussi qu’il abandonne ses propres défauts…

Pour écrire ce petit apologue drolatique, le réalisateur Federico Veiroj s’est inspiré de l’histoire personnelle d’un de ses amis qui n’est autre qu’Álvaro Ogalla, qui interprète ici le personnage de Gonzalo. Cela, renforcé par une ingénieuse simplicité de ton, confère à Dieu, ma mère et moi une agréable sincérité. La critique d’une société incapable de libérer quiconque du joug de l’Eglise et du poids familial trouve avec l’histoire de Gonzalo une formulation pleine de fraîcheur et d’esprit.