Affiche du film Des nouvelles de la planète Mars

Des nouvelles de la planète Mars

de Dominik Moll
Bande annonce
Film français et belge sorti le 9 mars 2016
Avec François Damines, Vincent Macaigne, Veerle Baetens, Michel Aumont, Catherine Samie, Philippe Laudenbach
Genre : Comédie
Durée : 1 h 41

Avant-première le jeudi 25 février à 20 h 30.

Philippe Mars, ingénieur informaticien divorcé, essaye tant bien que mal de mener une vie tranquille, entre un fils collégien devenu subitement végétarien, une fille lycéenne obsédée par la réussite, une soeur artiste peintre aux oeuvres terriblement impudiques et une ex-femme qui bosse à la télé… L’irruption accidentelle de Jérôme, un collègue légèrement perturbé, achève de transformer son existence en chaos. Mais dans un monde qui a perdu la raison, la folie est-elle vraiment si mauvaise conseillère ?


Critique

Philippe Mars… chouette Philippe : ingénieur informaticien, un peu planant, un peu largué, dépassé par ce xxie siècle traversé par un vent de folie pas douce qui balaie sans pitié ceux qui ne sont pas très assurés sur leurs guiboles.

Philippe ne comprend plus rien au monde dans lequel il vit. Ni aux gens qu’il croise au boulot, ni aux ados qu’il a pondu, ni à ce type qui refuse de ramasser la crotte de son chien, ni au végétarisme soudain de son fils, ni à l’obsession de « réussite » de sa fille qui la fait s’acharner jour et nuit sur ses bouquins de fac, écouteurs vissés aux oreilles, ni à l’agitation de son ex-épouse… On ne peut pas dire que l’époque soit caractérisée par une grand confiance dans l’avenir : agitation, stress et désarroi semblent gagner du terrain chaque jour un peu plus.

Alors Philippe s’enferme dans sa bulle immobile, se rêve cosmonaute, plane entre les étoiles et reçoit régulièrement la visite des fantômes de ses père et mère qui ont pu gratter un petit rab de présence sur terre et lui font un brin de compagnie avec une bienveillance inquiète et amusée. Il croise de temps à autre un vieux monsieur qui se dit ex-chauffeur de Giscard et a gardé de cette époque une voiture qu’il bichonne, inadapté, inadaptable, nostalgique d’un passé dont il n’a pas su sortir…

Le plus gros problème de Philippe, c’est qu’il est trop gentil, incapable de dire non, incapable de mettre quelqu’un qui l’emmerde dehors, de refuser le boulot de trop : indifférence, ou trop grande écoute de ses congénères… flemme de s’opposer, ou tout simplement parce que faire de la peine à quelqu’un est au-dessus de ses capacités…

Sa vie subit tout à coup une série de coups de tabac qui l’obligent à sortir de sa posture d’observateur immobile. Ça commence le jour où son ex-femme, à l’emploi du temps imprévisible, journaliste happée par une carrière sans stabilité et qu’il croise plus souvent dans l’écran télé que dans son quotidien, est balancée correspondante au cœur du Conseil de l’Europe pour couvrir une actualité bordélique qui n’a plus rien à voir avec l’idéal européen qui avait séduit Philippe jadis… Une heure avant de prendre l’avion, elle lui colle les ados et le paquetage qui va avec. Au moment même où son patron lui a filé la lourde responsabilité de contrôler et de cadrer un mec au bord du burn out qui patauge dans son bordel au bureau et ne quitte pas un hachoir qu’il trimballe enveloppé dans un sac plastique pour que les flics, pensant à un achat récent, n’aillent pas imaginer que c’est son arme de self défense… Inénarrable Jérôme (alias Vincent Macaigne), un allumé de première, qui réussit néanmoins à être fichtrement attendrissant.

Philippe, qui se trouvait plutôt peinard à se faire la popote en solitaire, distant du monde et de sa propre vie, va donc devoir s’occuper de ses lardons mais encore se retrouver envahi par le chien que sa sœur lui colle avant de partir aux Amériques, par un régiment de grenouilles que son désormais écolo de fils veut sauver du labo… et après moult péripéties va récupérer dans son petit chez lui le délirant Jérôme, échappé de l’hôpital psychiatrique non sans avoir entraîné avec lui une autre perturbée dont il est tombé amoureux pendant son bref séjour.

Tout ça va l’entraîner dans une incroyable aventure… mais le plus chouette de tout, c’est qu’au fond, cette histoire décalée, très drôle et un poil mélancolique, en dit plus sur le monde tel qu’il va et sur les gens qu’on y croise que n’importe quel discours pompeux. La poésie et l’humour sont la politesse du désespoir peut-on se dire, mais c’est surtout un signe de sacré santé, car au fond, Philippe est le seul de l’histoire qui parvient à se mettre debout, foutrement humain dans un monde complètement barjot.