Affiche du film Captain Fantastic

Captain fantastic

de Matt Ross
VOSTFR
Bande annonce
Film américain sorti le 12 octobre 2016
Avec Viggo Mortensen, Frank Langella, George Mackay, Samantha Isler, Annalise Basso, Nicholas Hamilton
Genre : Drame
Durée : 1 h 58

Dans les forêts reculées du nord-ouest des Etats-Unis, vivant isolé de la société, un père dévoué a consacré sa vie toute entière à faire de ses six jeunes enfants d’extraordinaires adultes. Mais quand le destin frappe sa famille, ils doivent abandonner ce paradis qu’il avait créé pour eux. La découverte du monde extérieur va l’obliger à questionner ses méthodes d’éducation et remettre en cause tout ce qu’il leur a appris.


Critique

Sur le monde étrange de ceux qui ont décidé de faire un pas de côté radical par rapport aux modes de vie traditionnels (boulot/école/consommation/loisirs de masse), les années 70/80 sont riches en films plus ou moins ouvertement militants ou du moins bienveillants : les années hippies ont Easy Rider, les films de Barbet Schroeder More et La Vallée, et en France l’emblématique An 01, film d’anticipation sur une hypothétique remise à zéro des compteurs de notre civilisation. Plus tard les années 2000 ont plutôt pointé du doigt les écueils de ces choix alternatifs : Into the wild, de Sean Penn, parcours d’un jeune homme en quête de sens, se finissait franchement mal, et La Vie sauvage, qui évoquait d’après un fait divers le choix d’un père de retirer illégalement ses deux fils de la civilisation dominante, présentait aussi le revers de la médaille.

Le fascinant Captain Fantastic fera date, car ni militant ni apocalyptique ou moralisateur, il laisse au spectateur son libre jugement. La scène d’ouverture nous met dans le bain. On y voit des enfants et des adolescents couverts de boue arpentant la forêt, on ne comprend que peu à peu que toute cette famille/tribu est en train de chasser le cerf à l’ancienne, sans meute ni fusil à lunette. Bienvenue dans la famille de Ben Cash qui, au cœur des magnifiques forêts montagneuses du Nord-Ouest américain, vit en quasi autarcie et autosuffisance avec ses six enfants. Au programme, point de livraison de junk food, point de tablettes ni de consoles, mais des entraînements pour le moins sportifs, nécessaires à la survie en milieu hostile, de la chasse, de la cueillette et l’entretien du potager, mais aussi une éducation faite de la découverte des textes fondateurs de la démocratie américaine, et des œuvres de philosophes ou écrivains plus hétérodoxes.

Chez les Cash on ne boit pas de coca, on n’allume pas la télé, mais on fait des cabanes et en guise de Noël, une tradition mercantile, on préfère s’offrir des cadeaux (généralement des couteaux de chasse dès l’âge de huit ans) pour célébrer la Saint Noam Chomsky… Ce monde a priori paradisiaque menace de s’effondrer quand la mère va décéder à l’hôpital, que toute la petite famille va devoir traverser les États Unis et s’imposer à ses funérailles au Nouveau Mexique, auxquelles elle n’est pas forcément la bienvenue. C’est le début d’un road movie initiatique, à la découverte du monde extérieur où les convictions des uns et des autres vont peut être vaciller.

Magnifiquement mis en scène, passionnant de bout en bout, servi par l’interprétation du marmoréen Viggo Mortensen, splendide en père intransigeant dans ses convictions mais en proie au doute, et de jeunes comédiens bluffants, Captain Fantastic est une superbe réflexion sur les conséquences pour les enfants des choix de vie de leurs parents, une ode au pas de côté en douceur, dans le respect de la personnalité de chacun et même des oppositions des détracteurs, un souffle libertaire humaniste, doux et tendre dans lequel on s’enveloppe avec plaisir.