Affiche du film A perfect day

A perfect day

de Fernando León de Aranoa
VOSTFR
Bande annonce
Film espagnol sorti le 16 mars 2016
Avec Benicio Del Toro, Tim Robbins, Mélanie Thierry, Olga Kurylenko, Fedja Stukan, Sergi López
Genre : Comédie, Drame
Durée : 1 h 46

Un groupe d’humanitaires est en mission dans une zone en guerre : Sophie, nouvelle recrue, veut absolument aider ; Mambru, désabusé, veut juste rentrer chez lui ; Katya, voulait Mambru ; Damir veut que le conflit se termine ; et B ne sait pas ce qu’il veut.


Critique

Une des grandes réussites de cette comédie géopolitique, au rythme soutenu et millimétré, est l’assemblage hétéroclite de son casting international (mention spéciale à Benicio Del Toro et Tim Robbins, excellents en vieux baroudeurs sans frontières). Il reflète bien celui des ONG et des Casques Bleus, perdus dans les Balkans, assemblage de nations au beau milieu du conflit fratricide de Bosnie-Herzégovine issu de la dislocation de la République Fédérale de Yougoslavie. Jamais leur rôle ne fut autant questionné, et si la comédie est très réussie, A perfect day est aussi une parabole d’une rare acuité sur le « désarroi humanitaire » de ces années-là. L’action est située « quelque part dans les Balkans », l’imprécision géographique de cette histoire renforce sa dimension parabolique et la difficulté des personnages à situer leur rôle au beau milieu de cette guerre. Cette « parfaite journée » se situe quelques jours après la signature des Accords de Dayton, en Décembre 1995, durant cette période de fin de guerre où règne l’incertitude, les soldats ne sachant pas tous si c’est vraiment fini, les profiteurs de guerre voulant encore se gaver jusqu’au dernier moment, et les civils des ONG, entre deux missions, ne sachant pas si leur rôle est terminé ou pas dans cette région du monde.

Une équipe comme une autre, d’une ONG comme une autre (« Aids across borders »), essaie de sortir d’un puits un cadavre jeté au fond par des trafiquants d’eau potable. Ils ont vingt-quatre heures pour sortir le corps avant que le point d’eau ne devienne inutilisable, mais ils n’ont plus de corde assez solide pour le tirer de là ! Les deux voitures de leur petit groupe vont donc partir à la recherche de cette précieuse corde, véritable fil d’Ariane du récit, sillonnant les lacets des montagnes au son très rock’n roll des cordes de guitare de Marilyn Manson et Lou Reed. Il y a quelque chose de Don Quichottesque dans leur quête et dans le regard que portent sur eux les autochtones imperturbables, mais non dénués d’humour – c’est d’ailleurs ce que dit l’interprète de leur groupe : « la région est réputée pour son yaourt et son humour ». Comme Don Quichotte, leur aventure est aussi le récit tragique de la fin d’une époque, témoin ce soldat qui garde seul une cabane de sentinelle perdue dans la montagne, et qui ne veut pas céder la corde qui sert à maintenir le drapeau en haut du mât, seule raison de sa présence.

Comédie toujours sur le fil, le film ne tire jamais trop sur la corde et, sur fond d’une bande-son endiablée façon « Rock around the Balkans », fait le portrait mélancolique et touchant de ces nouveaux « chevaliers à la triste figure » qui tentent de donner un sens à leur existence dans ces endroits du Monde qui n’en ont plus. Qui mieux, à la fin de cette journée parfaite et décidément pas comme les autres, que Marlène Dietrich pour chanter la mélancolie des champs de ruines avec la chanson Where have all the flowers gone ? (« Où sont passées toutes les fleurs ? »).