Affiche du film 45 ans

45 ans

de Andrew Haigh
VOSTFR
Bande annonce
Film britannique sorti le 27 janvier 2016
Avec Charlotte Rampling, Tom Courtenay, Geraldine James, Dolly Wells
Genre : Drame
Durée : 1 h 35

Kate et Geoff Mercer sont sur le point d’organiser une grande fête pour leur 45e anniversaire de mariage. Pendant ces préparatifs, Geoff reçoit une nouvelle : le corps de Katya, son premier grand amour, disparu 50 ans auparavant dans les glaces des Alpes, vient d’être retrouvé. Cette nouvelle va alors bouleverser le couple et modifier doucement le regard que Kate porte sur son mari…


Critique

Le décor est posé, maison élégante sans trop de prétention, un couple d’âge plus que mûr, un chien fidèle, un univers de vieux amis et une vie simple et heureuse au village… L’ambiance du film existe de manière immédiate, on y croit ! La campagne anglaise et son spectre chromatique limité infuse tout de suite au film un rythme qui nous invite à l’introspection, à l’écoute attentive de ce qui, on imagine, va cheminer doucement. Le réalisateur Andrew Haigh filme avec un vrai talent pictural les longues routes de campagne et les balades automnales de Kate, la protagoniste principale.
Charlotte Rampling est Kate, mariée à Geoff (Tom Courtenay). Il vont prochainement célébrer comme il se doit leurs quarante-cinq ans de mariage, les préparatifs commencent, la fête sera belle. Mais une ombre surgit : le corps disparu d’une jeune femme que le mari a aimée dans sa jeunesse – et qu’il n’a visiblement jamais oubliée – vient d’être retrouvé dans une fissure d’un glacier des Alpes, cinquante ans après sa disparition. Cette ombre du passé va grandir, de plus en plus présente, trop présente. Le doute s’invite à la fête et dans le quotidien de Kate, les mauvaises questions surgissent. Lui ai-je suffi ? M’a-t-il aimée autant qu’elle ? Ces questions ne la lâcheront plus. Tout devient alors amer et se brouille, points de vue subjectifs et objectifs, réalités et projections cauchemardesques. Est-ce le passé ou le présent qui fait souffrir ? Qui est le plus affecté, elle, lui ? On s’arrange comme on peut avec ses vulnérabilités, c’est l’effondrement du couple et de sa propre structure interne.

La montée progressive de l’émotion tient aussi à la rigueur stylistique du film, à son décor souvent circonscrit à cette maison, avec ses coins et ses recoins privés, analogie dérangeante avec le couple. Ce lieu à demi clos devient alors la scène où tout se défait, en silence. Le récit tire sa force de sa simplicité même, de son épure. Les silences, les regards fuyants soulignent la circularité fatidique de l’amour. Kate cherche des réponses à des questions impossibles et la vérité, qu’on ne dévoilera pas, éclatera un soir à la faveur d’un écran de projection qui va tout révéler. Le secret trop longtemps gardé de Geoff amènera chacun des personnages à une évolution lente mais sûre… dans une direction qu’on ne racontera évidemment pas…

C’est un film qui questionne la place des choix, la place de l’amour dans la vie de chacun. S’aime-t-on, égoïstement, pour la sensation d’être l’unique dans les yeux de l’autre ? Ou peut-on aimer l’autre réellement au delà de soi ? Ai-je besoin de l’autre pour être moi ? Le film explore le doute qui creuse, la jalousie qui mine, et le rejet de tout en bloc. Charlotte Rampling, actrice à la classe folle, compose un personnage d’une puissance et d’une complexité rares, elle écarte en un regard la mièvrerie qui pourrait tirer le film vers le mélodrame pour donner à son jeu une épaisseur presque glaçante. Elle est vertigineuse. 45 ans… Un titre laconique, sibyllin, qui résume en un nombre plus qu’une vie…