Affiche du film Belladonna

Belladonna

de Eiichi Yamamoto
VOSTFR
Bande annonce
Film japonais sorti le 30 juin 1973
Avec les voix d'Aiko Nagayama, Tatsuya Nakadai, Katsuyuki Itô, Shigako Shimegin
Genre : Animation, Érotique
Durée : 1 h 33

Jeanne, abusée par le seigneur de son village, pactise avec le Diable dans l’espoir d’obtenir vengeance. Métamorphosée par cette alliance, elle se réfugie dans une étrange vallée, la Belladonna… Après 43 ans, le chef d’oeuvre de l’animation japonaise enfin sur grand écran en version restaurée 4K.


Critique

Voilà une redécouverte (que soit bénie sur l’autel de la curiosité, du féminisme et de l’érotisme subversif la valeureuse équipe d’Eurozoom, distributeur indépendant de cette pépite de la japanimation !) qui va faire se pâmer, grimper aux rideaux, pousser des cris d’extase aussi bien aux amateurs avisés du genre qu’aux néophytes un peu aventuriers. Les premiers ont forcément entendu parler, sans probablement l’avoir jamais vue, de cette merveille déboulée au cœur des années 70 tokyoïtes, psychédéliques, sexuellement déjantées et artistiquement délirantes. Les seconds, pour peu qu’ils soient sensibles à l’invention plastique au cinéma, se laisseront entraîner dans cet orgasme esthétique permanent.

Belladonna – dont le titre original complet est « Belladonna de la tristesse » –, c’est au départ l’adaptation, dans un Moyen Age fantasmé, de La Sorcière, texte célèbre de Jules Michelet, historien libéral et anticlérical du xixe siècle. Dans ce livre étonnant, Michelet voyait dans la sorcellerie médiévale les prémices d’une révolte païenne contre l’ordre établi, qui annonçait selon lui la Renaissance. Loin d’en dénoncer l’obscurantisme auquel les historiens chrétiens l’ont associée, Michelet faisait de la sorcellerie la sœur sombre de la science et exaltait la sorcière comme une sorte d’archange de la femme libre.

Eiichi Yamamoto, aussi cinglé et inspiré que ses contemporains Shuji Terayama (L’Empereur Tomato ketchup, Cache-cache pastoral…) ou Koji Wakamatasu (Quand l’embryon part braconner), a lâché la bride à son imagination pour composer une sorte d’opéra psychédélique et orgiaque, diablement érotique et furieusement féministe.

L’intrigue de départ est vite évacuée : la malheureuse Jeanne, promise à son amoureux Jean, est violée par le Seigneur de la contrée. Délaissée de ce fait par l’homme de sa vie, elle se laisse séduire par le diable et devient une sorcière éprise de liberté et avide de plaisir. Ce canevas dramatique n’est que prétexte à un délire visuel fait de successions de tableaux hallucinants et follement inventifs, souvent simplement crayonnés. Des scènes érotico-fantastiques surgissent, la sorcière pénétrée dans un geyser de sang voit surgir de son corps des chauves souris, rarement on aura figuré de manière aussi délirante l’orgasme féminin. Et défilent devant nos yeux des images qu’auraient pu créer les grands peintres torturés du début du xxe siècle : Klimt, Schiele, Odilon Redon et encore plus le génial érotomane Beardsley. C’est une symphonie pour les sens, on reste interdit devant tant d’audace, épaté par la liberté d’une époque où tout semblait possible, où rien ne semblait interdit.