Yellow letters
Professeur à la faculté d’Ankara, Aziz reçoit la « lettre jaune » qui lui signifie arbitrairement sa révocation. Quand sa femme Derya, célèbre comédienne au théâtre national, la reçoit à son tour, c’est le coup de grâce pour le couple. L’un et l’autre, condamnés pour leurs idées, sont obligés de se réfugier à Istanbul chez la mère d’Aziz. Le compromis entre cette précarité nouvelle et leur engagement politique va mettre leur mariage à l’épreuve.
Tout comme dans son précédent film, La Salle des profs, le réalisateur Ilker Çatak (d’origine turque mais né et vivant en Allemagne) porte à son paroxysme l’art du huis clos. On est secoué par les déboires de ses personnages, leurs dilemmes ravageurs. Et progressivement, ce qui se passe dans une simple cuisine prend une dimension universelle. Le film tend un miroir autant à la Turquie d’Erdogan qu’à l’Allemagne, qui l’incarne, qu’à nos propres petites lâchetés, nos incapacités à refuser l’inadmissible, nos facilités à ne pas regarder plus loin que nos pieds, à fuir la réalité quand elle est trop dérangeante. Démonstration implacable, mais qui entrouvre une voie vers la lumière, pousse à regarder les choses en face, à ne pas jouer les autruches, à avancer résolument en refusant de se déshumaniser.
