Un jour avec mon père
Récit semi-autobiographique se déroulant sur une seule journée dans la mégalopole nigériane, Lagos, pendant la crise électorale de 1993. Un père tente de guider ses deux jeunes fils à travers l’immense ville alors que des troubles politiques menacent.
Pour résumer le contexte du film : le 12 juin 1993, Moshood Abiola dit MKO, candidat social-démocrate, gagne les élections présidentielles contre le républicain Bashir Tofa. Les Nigerians retrouvent espoir après des décennies de dictature, de coups d’états et d’instabilité politique. Le souffle démocratique incarné par MKO sera brutalement étouffé quelques jours plus tard avec l’annulation des élections par le général Ibrahim Babangida. Le Nigeria est précipité vers une dictature militaire encore plus brutale. Cette fracture historique forme l’arrière-plan du film, mais elle n’est jamais exprimée de manière didactique : elle se lit dans les regards, dans les silences, dans les rues quadrillées par les militaires, dans la montée d’une colère générale…
Le 24 juin 1993, jour de l’annulation des élections, Folarin emmène ses deux fils à Lagos, la capitale. Tout le film se déroule le temps de cette seule journée dans l’immense métropole, fascinante pour les deux enfants issus d’un modeste village : elle est tantôt familière, parcourue par des amis et collègues souriants de Folarin, tantôt hostile, avec l’omniprésence des soldats armés. L’ambiance de Lagos oscille au fil du périple de nos personnages, le film nous fait errer avec eux dans cette atmosphère mouvante, aussi chaleureuse qu’inquiétante. Folarin guide ses enfants comme s’il pouvait leur transmettre tout ce qu’il sait en une seule journée. Comme s’il y avait une urgence dans cette relation constamment menacée. L’annulation des élections et les événements qui en découlent affectent profondément le père : ses gestes sont tendus, son regard inquiet… Mais on le regarde à travers les yeux de ses fils, qui ne le voient jamais vraiment faiblir. Certes, il montre des signes de peur, mais il paraît inoxydable, presque immense à l’écran.
Un jour avec mon père est un film contemplatif, un film de sensations, parfois énigmatique mais toujours d’une grande puissance visuelle. Chaque image nous raconte quelque chose sans que les mots soient nécessaires, cette journée que raconte le film marque la fin de l’insouciance, et des années plus tard, les deux frères cherchent à comprendre l’homme qu’était leur père dans le tumulte des années 1990. Le souvenir devient alors un geste de résistance, et la mémoire une manière de préserver l’histoire – la grande comme la petite.
