Plus fort que moi
Adaptée, selon la formule consacrée, « de faits réels », voici, à l’orée des années 1980, l’histoire édifiante de John Davidson, cadet d’une famille de la classe moyenne du Sud de l’Écosse, dont la vie toute tracée (il brille davantage comme gardien de but le dimanche que sur les bancs de l’école) bascule méchamment au moment de l’adolescence. Il devient atone, ses bras, ses jambes, son cou se crispent, se déplient, se tordent sans prévenir ; il aboie inopinément des insultes ou des insanités – bref : par à-coups, le corps et la voix de John lui échappent totalement. Et ses parents, démunis, de punir ; ses camarades, cruels, de se moquer ; ses professeurs, démunis ET cruels, de sévir… Évidemment rien n’y fait. L’époque, le milieu social : rien ne permet de diagnostiquer le trouble neurologique (Syndrome de la Tourette) dont est atteint John, qui est peu à peu exclu, relégué sur les voies de garage de la société tandis que sa famille se disloque…
Le salut, inespéré, vient dix ans plus tard de la rencontre de John avec Dottie – la mère de son meilleur (et même seul) ami. Infirmière psychiatrique, Dottie met les mots sur l’état de John, à présent jeune adulte marginalisé. Dottie sait que des traitements existent pour accompagner les symptômes sinon les guérir – mais surtout, elle a, chevillée au corps, la certitude que John a toute sa place dans la société et que celle-ci n’a d’autre choix que d’évoluer, s’adapter pour inclure ses membres les plus fragiles. Dottie prend donc sous son aile le vilain petit canard boiteux, l’accueille dans son foyer, le nourrit, l’aide à trouver un travail, lui donne son trop-plein d’amour maternel… sans condition, sans jugement. De fil en aiguille, John s’autonomise, apprend à s’accepter – et, plus difficile encore, à se faire accepter. Et entreprend de partager son expérience et d’aider autour de lui les victimes atteintes du syndrome de la Tourette, ainsi que leurs familles.
Magnifique ode à la tolérance, le film est à l’image de son titre original, malin, qui joue sur le double sens – comme en français – du mot « jurer » : acte de foi et d’engagement (jurer sur la Bible) aussi bien qu’éructation des bien nommés « jurons » qui agressent les oreilles des bonnes gens. La mise en scène, très classique, suit de manière chronologique l’histoire véridique de John Davidson, oscillant entre le comique et l’émotion.
