La corde au cou
Indianapolis, 1977. Ruiné par une faillite immobilière, Tony Kiritsis prend en otage Richard Hall, le courtier qu’il tient responsable de tous ses malheurs. L’entrepreneur lie autour du cou de sa victime un fil métallique attaché à un fusil de chasse, lequel fera feu si la police tente d’intervenir. L’incident attire l’attention des médias, puis la faveur de l’opinion publique américaine, alors que le kidnappeur exige une énorme somme d’argent et une excuse publique du grand patron de la Meridian Mortgage Company. Alors que la prise d’otage se transforme en un gigantesque cirque médiatique, Kiritsis perd lentement mais sûrement le contrôle de la situation.
Touche-à-tout de génie du cinéma américain, aussi à l’aise en artisan de studio hollywoodien (Will Hunting) qu’en cinéaste indé au formalisme radical (Gerry), Gus Van Sant ne cesse, de film en film, de portraiturer les laissés-pour-compte et les exclus du rêve américain. Qu’ils soient de la middle class, travailleurs pauvres, sur les routes, prostitués, toxicos, hétéros, homos, jeunes, vieux – toutes et tous plus ou moins marginaux, plus ou moins déclassés, engagés dans une lutte inégale contre la société pour faire valoir un droit à exister. Depuis Prête à tout (1995, qui consacra définitivement Nicole Kidman), il se plaît à choisir ponctuellement ses (anti) héros et héroïnes dans la vie réelle – à s’essayer au biopic (Harvey Milk) ou à puiser son inspiration dans des faits divers (Elephant, Promised land). La Corde au cou, thriller haletant et minimaliste, adapté de la très véridique histoire de l’authentique Tony Kiritsis, fait partie de cette dernière catégorie. On comprend ce qui a intéressé le réalisateur dans cette histoire de prise d’otage, la première suivie en temps réel à la télévision. Réalisation d’un classicisme élégant, ambiance groovy à souhait, réalité et fiction entremêlées, le réalisateur nous régale d’une parfaite reconstitution des années 1970 qui colle parfaitement à son duo d’acteurs. À l’instar de son otage suffocant (épatant Dacre Montgomery), on s’attache malgré lui à cet escogriffe de Tony, ultime avatar du « Jack » Burns / Kirk Douglas de Seuls sont les indomptés (David Miller, 1962), et à son épopée désespérée.
