Juste une illusion
1985. Vincent vit au premier étage d’un immeuble d’une cité de la banlieue parisienne. Une famille de classe moyenne, papa est cadre (il aime à le rappeler), maman est secrétaire de direction (mais rêve d’émancipation) et son grand frère Arnaud ressemble au mien à la même époque : tout de noir vêtu, passant ses journées à écouter du rock sur son walkman. Vincent ne rêve que d’une chose : avoir enfin sa chambre à lui et cesser d’être le souffre-douleur de ce frangin. Ah non, il rêve aussi secrètement d’Anne-Catherine qui, bien sûr, ne lui a jamais accordé le moindre regard. Et puis il rêve aussi de sa prochaine sortie avec sa petite bande de potes au vidéo-club du quartier, et du plan qu’ils vont devoir échafauder pour sortir en douce des VHS de films érotiques pour aller ensuite les mater chez l’heureux élu qui possède un magnétoscope et une mère absente aux heures de perm. Bref une vie d’enfant qui se termine… une vie d’ado qui commence.
Juste une illusion, référence au tube post-disco-électro-soul du trio anglais Imagination de 1982 (et pas à la chanson éponyme de Jean-Louis Aubert, sortie elle en 1987) est peut-être le film le plus personnel et le plus intime d’Eric Toledano et Olivier Nakache. La tendresse pour ce couple parental autant que les souvenirs d’adolescents infusent tout le film d’un doux parfum de nostalgiqe qui va très vite enivrer aussi le spectateur. Généreux et drôle, empathique et fraternel, c’est un film qui raconte aussi, en creux, la vie de ceux qui sont nés et ont grandi ailleurs et on fait leur trou dans ces cités de banlieue d’une France où le parti du patriarche borgne ne faisait pas encore plus de 40 % des voix aux élections… une autre époque.
