Romeria
Afin d’obtenir un document d’état civil pour ses études supérieures, Marina, adoptée depuis l’enfance, doit renouer avec une partie de sa véritable famille. Guidée par le journal intime de sa mère qui ne l’a jamais quittée, elle se rend sur la côte atlantique et rencontre tout un pan de sa famille paternelle qu’elle ne connaît pas. L’arrivée de Marina va faire ressurgir le passé. En ravivant le souvenir de ses parents, elle va découvrir les secrets de cette famille, les non-dits et les hontes…
Le premier long-métrage de Carla Simon, Été 93, était une œuvre autobiographique sur la mort des parents, le chagrin d’une enfant, les méandres sentimentaux épineux de l’adoption. Dans Romeria, la cinéaste catalane nous embarque dans un pèlerinage familial, un labyrinthe de silences où l’écho des mots de sa mère tresse un fil d’Ariane que Marina suit pour ne pas se perdre dans les mensonges et les faux-fuyants des uns et des autres.
Au fil de l’eau de cette autre mer qu’elle commence à aimer – « Me gusta este mar » –, elle filme le décor du drame comme on ferait un repérage avant un tournage : l’océan, le port, les îles, le vieux bateau de son père, un chat, l’immeuble où il vécut quelque temps avec sa mère, le bleu du ciel, les oiseaux…
Le dispositif narratif et le traitement des images de Carla Simon permettent des passages fluides et intenses entre le présent et le passé, entre le réel et l’imaginaire. Nous sommes dans ses pensées où elle recompose sans haine ni rage le récit des origines et les questions qu’il soulève : quelle personne serais-je aujourd’hui si j’avais grandi dans cette famille ?
La jeune actrice Llúcia Garcia porte ce film avec une force et une grâce sidérantes, qui donnent à son personnage une maturité que l’on n’attend pas d’une fille de dix-huit ans qui découvre la lâcheté et la pourriture derrière la façade respectable de la bourgeoisie.
Romeria est un film sur la quête des origines, sur la famille, ses secrets, ses mensonges, sa veulerie… Mais c’est aussi un film sur le pouvoir des images et de l’imagination, sur la puissance du cinéma et de la fiction pour transcender la réalité en la regardant en face.
