Le son des souvenirs
Pendant la Première Guerre mondiale, deux jeunes hommes, Lionel et David, entreprennent d’enregistrer les vies, les voix et la musique de leurs compatriotes américains…
Le son a beau être invisible, il n’en est pas moins physiquement présent. Il peut toucher, laisser des traces. Le souvenir fonctionne un peu de la même manière. Il suffit parfois d’un geste, un toucher, un son justement… Une voix particulière, une voix qui chante, qui touche au plus profond de notre être. Une voix qui, un beau soir, alors qu’on joue seul sur un piano de bar, suspend un instant, fige tout ce qui nous entoure. Ainsi David, littéralement envoûté par la voix de Lionel, qui se pose soudain sur l’air qu’il est en train d’interpréter…
Le réalisateur Oliver Hermanus (qui adapte ici une nouvelle de l’écrivain Ben Shattuck) nous entraînent dans un récit étalé sur plusieurs années, de 1917 à la fin de la décennie suivante. Le Son des souvenirs nous replonge, sur fond de guerre mondiale, dans un monde où l’exaltation des sentiments reste pudiquement suggérée. Porté par un rythme particulier, le film en appelle à nos propres souvenirs et sensations, fait planer une infinie tendresse. Car s’il nous dévoile une magnifique histoire d’amitié et d’amour, le réalisateur parle également du passage du temps, d’une existence hantée par les feuilles mortes, les souvenirs – et les regrets aussi. Et il montre comment la musique permet de faire le deuil d’une vie férocement rêvée. Une chanson reste alors comme l’écho lointain des moments trop fugaces partagés avec l’être aimé que l’on ne peut ou ne veut oublier.
Paul Mescal et Josh O’Connor sont magnétiques, envoûtants d’un bout à l’autre de ce très beau Son des souvenirs dont la note, sincère, ténue, tient longtemps après que les lumières de la salle se sont rallumées.
