Affiche du film Viva

Viva

de Paddy Breathnach
Bande annonce
Film irlandais et cubain sorti le 6 juillet 2016
Avec Jorge Perugorria, Luis Alberto Garcia, Hector Medina Valdés
Genre : Drame
Durée : 1 h 40

A Cuba, un jeune homme qui coiffe les perruques d’artistes travestis, rêve de chanter dans leur cabaret. Mais son père, qui sort de prison, a d’autres rêves pour lui…


Critique

Viva était sélectionné pour représenter l’Irlande dans la course aux Oscars, et pour cause : ses réalisateur et scénariste sont irlandais… Mais ne vous y trompez pas, il n’y a pas plus cubain que ce film qui se passe à La Havane, dans des quartiers qui n’ont rien de touristique, même si les touristes aiment s’y frotter la nuit à la recherche de rencontres et d’émotions troubles et de sexe facile. La Havane qu’on découvre ici n’est pas celle qu’on montre la plupart du temps, mais celle des quartiers pauvres où la prostitution est souvent le seul moyen de gagner sa vie. S’il a tourné le film rapidement et avec un petit budget, Paddy Breathnach s’est longtemps immergé dans la ville, parmi les habitants qui ne sont pas des figurants, sans rien déranger, avec une toute petite équipe et cela donne au film un côté quasi documentaire : on sent vivre et vibrer la ville. Ça vous a un air d’authenticité rare et les images tanguent entre l’univers fantasmé de la nuit, sombre, glauque, fascinant et les dures réalités du jour auxquelles Jesus est constamment confronté…

Jesus a la beauté fragile, la gentillesse spontanée d’un jeune homme incertain, pas tout à fait sorti de l’adolescence. Depuis que sa mère est morte, il vit seul dans l’apartement de son père, ancien boxeur condamné à la prison, se débrouillant comme il peut pour survivre, aidé par les amis, sa grand mère, ses voisins… Comme pour tous ici, c’est le système D obligatoire, toutes les astuces sont bonnes : coiffeur de métier, il s’occupe volontiers de vieilles dames, mais aussi des perruques de Mama, qui tient un cabaret très fréquenté, connu pour ses spectacles de Drag Queens, tout en paillettes et glamour. Jesus est fasciné et rêve de se produire sur scène, s’entraîne souvent quand il est seul. Il adore les frous-frous, les maquillages et l’ambiance des coulisses où toutes se préparent. Mama, qui a une grande gueule mais un cœur encore plus gros, le prend très paternellement sous son aile, et finit par accepter qu’il se produise à l’essai. Jesus révèlera vite un vrai talent pour jouer en play back et talons aiguilles les chansons de la collection de vinyles que sa mère lui a laissé… On pourrait penser qu’il est facile de chanter en play back : que nenni ! il faut un vrai talent de comédien, pour se couler dans une autre personnalité, une autre voix et Mama est très exigeant, pas question, même par amitié, d’accepter des numéros qui ne soient pas à la hauteur de sa réputation. Jesus, dans cet exercice de mime, se coule dans son personnage avec tant d’intensité dramatique et d’émotion que son rêve passe la rampe, révélant ainsi sa personnalité profonde et le petit jeune homme fin et débraillé a toutes les apparences, une fois paré de son costume de scène, d’une femme fichtrement séduisante et sensuelle, plus Viva que Jesus…

Mais un jour son père sort de prison, retrouve ses pénates après quinze ans d’absence et entend bien rester là, avec ce fils qu’il n’a connu que bébé. La cohabitation ne s’avère pas simple. Pour ce macho, champion déchu, qui a perdu sa femme, en a vu de toutes les couleurs et a tendance à aimer boire, il n’est pas facile de se retrouver en tête à tête avec ce garçon qui lui est à la fois étranger et familier, si féminin, si doux, d’apparence si fragile. C’est rien de dire qu’il a du mal à accepter que son fiston se métamorphose chaque soir en femme. Dans un premier temps il s’y oppose, mais la gentillesse constante de ce fils qui prend soin de lui malgré tout et subvient à ses besoins finit par le rendre plus réceptif. « Quand je suis en scène, je deviens fort et sincère » lui dira un jour Jesus qui a du mal à s’affirmer, s’excusant d’être ce qu’il est… mais assez fort pour imposer la vie qu’il s’est choisi.