Affiche du film Mr. Holmes

Mr. Holmes

de Bill Condon
VOSTFR
Bande annonce
Film britannique et américain sorti le 4 mai 2016
Avec Ian Mckellen, Laura Linney, Milo Parker, Hiroyuki Sanada, Hattie Morahan, Patrick Kennedy, Roger Allam
Genre : Drame, Policier
Durée : 1 h 44

En 1947, Sherlock Holmes, depuis longtemps à la retraite, vit paisiblement dans le Sussex, avec sa gouvernante et son fils, un détective amateur. Mais la quiétude recherchée n’est que de façade… Une affaire vieille de 50 ans le hante encore et toujours. Malheureusement seuls quelques fragments sont encore vivaces : une altercation avec un époux en colère, un lien profond mais mystérieux avec son épouse fragile. Si son légendaire pouvoir de déduction n’est plus intact, et si Watson n’est plus là, Holmes va se lancer dans son ultime enquête, la plus compliquée de sa longue carrière…


Critique

En dehors de Dieu, il est probablement le seul personnage de fiction dont certains croient qu’il existe réellement. Encore aujourd’hui, dans l’immeuble cossu du 221b Baker Street, quelques touristes candides croient visiter l’appartement où un détective mondialement connu aurait vécu et reçu les clients qui lui confièrent ses célèbres enquêtes. Sherlock Holmes n’est pourtant et évidemment que la créature fantasmatique imaginée par un médecin militaire devenu écrivain, Sir Arthur Conan Doyle. Les aventures de Sherlock Holmes, supposément narrées par le Docteur John Watson, alter ego autant que faire-valoir consentant de son génial ami, sont censées s’être arrêtées au lendemain de la première Guerre Mondiale, son auteur désirant définitivement stopper la saga. Il avait bien tenté une première fois de faire mourir le détective dans les célèbres chutes de Reichenbach, en 1893, mais les lecteurs en furie avaient exigé sa résurrection, manifestant devant les locaux du Strand qui publiait les enquêtes de Holmes en feuilleton.

Le Mr Holmes de Bill Condon, imaginé par le romancier Micth Cullin, se situe plus tard, alors que le détective s’est retiré pour élever ses abeilles dans les bocages verdoyants du Sud de l’Angleterre. Quand je dis plus tard, c’est beaucoup plus tard puisque nous sommes en 1947, si bien que Holmes a… 93 ans ! On ne peut pas prétendre qu’il a la même vivacité que du temps où il traquait Moriarty et résolvait des mystères a priori insolubles. Certes son œil encore acéré sait, à partir de quelques indices, deviner les derniers déplacements de sa gouvernante, mais il clopine de sa chambre jusqu’à ses ruches d’un pas de sénateur et surtout, plus terrible, il se rend compte, tests de son médecin à l’appui, que sa mémoire – qui fit sa force – décline jour après jour…

C’est justement autour de la mémoire qu’il va se lancer un ultime défi avant le saut dans l’inconnu. A partir de bribes de souvenirs, de quelques éléments conservés, il va tenter de résoudre une affaire qui l’a tenu en échec près de vingt ans auparavant et qui le hante depuis. Parallèlement des flash-back nous projettent dans son précédent voyage – qui sera le dernier : celui qu’il fit au lendemain de la guerre jusqu’à Hiroshima, à la rencontre d’un ami japonais. Question pour le cartésien que fut toujours Holmes : comment l’intelligence scientifique a-t-elle pu produire le mal absolu ?

Mr Holmes est beaucoup de choses plaisantes et touchantes à la fois… C’est un récit à tiroirs où la mémoire se construit comme une enquête du détective, par bribes qui s’assemblent peu à peu, le tout sur un ton pince sans rire so british avec entre autres l’évacuation des clichés liés au personnage – Sherlock Holmes n’a porté casquette de chasseur et fumé la pipe que dans l’imagination de Watson. C’est aussi une belle réflexion sur la transmission, sur la capacité à se laisser envahir par les sentiments au soir de sa vie, alors qu’on s’est toujours cadenassé jusque là… Holmes, se sachant dans ses derniers jours, va s’investir dans sa relation avec le tout jeune fils de sa gouvernante, en qui il voit un jeune prodige capable peut être d’appliquer tous les connaissances et raisonnements qui ont construit sa propre vie… Peaufiné avec un soin maniaque, le film doit évidemment beaucoup au charismatique Ian McKellen, impressionnant de présence et de nuances en Sherlock Holmes finissant.