Affiche du film Louis-Ferdinand Céline

Louis-Ferdinand Céline

de Emmanuel Bourdieu
Bande annonce
Film français et belge sorti le 9 mars 2016
Avec Denis Lavant, Géraldine Pailhas, Philip Desmeules, Rick Hancke, Marijke Pinoy
Genre : Drame
Durée : 1 h 37

1948. Accusé par la justice française d’avoir collaboré avec les Nazis, Louis-Ferdinand Céline s’est exilé au Danemark avec sa femme, Lucette. Milton Hindus, jeune écrivain juif américain, qui l’admire et le soutient avec ferveur, le rejoint au fin fond de la campagne danoise, avec l’intention de tirer de leur rencontre un livre de souvenirs. De la confrontation entre les deux hommes, personne ne sortira indemne…


Critique

Le chat Bébert pose sur l’affiche, veillant tel Cerbère sur l’enfer de l’esprit célinien. Son génie de maître se tient la tête dans les mains, accablé. Mais par quoi ? Le foisonnement de ses idées ? Le poids de son œuvre ? Un âpre souci existentiel ? Le film, moins un biopic qu’une tranche de sa vie, montre admirablement les tensions à l’œuvre dans un seul homme, ô combien singulier : Céline (Denis Lavant, qui semble taillé pour le rôle, monstre dramaturgique interprétant un monstre littéraire), excellent médecin et quasi-fou, intelligence supérieure, géant littéraire et monstrueux antisémite.

Un temps resserré et un lieu clos (sa semi-captivité à Copenhague) sont la scène où Emmanuel Bourdieu concentre et déploie les paradoxes d’une existence où la création et l’abjection eurent partie liée. En exil après 1945, fuyant l’épuration, Céline a passé dix-huit mois en prison au Danemark avant de rejoindre une maison près de la mer Baltique où il écrit et ressasse, menant un quotidien d’apparence normale. Un procès en collaboration l’attend pourtant à Paris en 1950, où il sera condamné à une amende et à une année d’emprisonnement – déjà purgée. Cette clémence devra beaucoup au soutien d’un jeune Juif américain passionné par son œuvre, Milton Hindus, dont la visite à l’exilé Céline en cette année 1948 est le nœud du film. L’évolution du regard du jeune universitaire sur cet aîné dont il a défendu l’œuvre et sur lequel il est en train d’écrire un livre, l’ambivalence du rapport entre les deux hommes – le génie et le cadet, l’antisémite et le juif, chacun profitant de l’autre – sont subtilement montrées par Emmanuel Bourdieu…

Entre eux, il y a Lucette Destouches, une Géraldine Pailhas pleine de grâce, muse et gardienne du temple célinien, plus ambiguë qu’on pourrait le croire. Tout se joue dans les liens noués par les membres du trio, à quasi-huis clos… (S. Audrerie, La Croix)