Affiche du film L’olivier

L’olivier

de Icíar Bollaín
VOSTFR
Bande annonce
Film espagnol et allemand sorti le 13 juillet 2016
Avec Anna Castillo, Javier Gutierrez, Maria Romero, Pep Ambros, Miguel Angel Aladren
Genre : Comédie dramatique, Drame
Durée : 1 h 38

Alma, jeune femme engagée, reprend l’exploitation agricole de son grand père. Ce dernier a été contraint de vendre son olivier millénaire à une multinationale et ne s’en est jamais remis. Alma décide de renverser l’ordre établi et remonte la piste de cet arbre unique, dernier ancrage dans ses terres familiales. Ce voyage rocambolesque l’amène au coeur d’un combat de David contre Goliath.


Critique

Pour complètement savourer cette parabole rocambolesque, ce conte généreux et superbe, il faut d’abord bien s’imprégner de la fantastique valeur symbolique de l’olivier du titre : il n’y a pas plus sacré, plus noble, plus émouvant que cet arbre qui fut domestiqué plus de 4000 ans avant JC. On dit que c’est Athéna, fille de Zeus, déesse de la sagesse, des artisans et des artistes, qui le fit jaillir d’une terre brûlée par le soleil pour nourrir et soigner les hommes pour l’éternité, ce qui lui valut d’être choisie comme protectrice d’Athènes… pour avoir ainsi offert au monde un arbre qui ne meurt jamais de vieillesse grâce aux « souquets » qui ne cessent de naître de sa souche. Le Dieu du Déluge en confia même une brindille à une colombe qui l’apporta à Noé pour lui annoncer la fin de la catastrophe… et l’olivier devint un symbole de paix.

Alma est une jeune fille impulsive, farceuse, débordante d’affection pour une brochette de cousins, oncles, copines qui le lui rendent bien, subjugués par sa vitalité insupportable qui leur ferait gober n’importe lequel de ses fantaisistes caprices. Mais par dessus tout elle est attachée à son grand père, complice de ses plus beaux moments d’enfance. Un grand père qui avait du temps pour elle et lui a transfusé sa passion pour sa terre, ses oliviers, son histoire où chaque geste était chargé de valeurs et de sens, tandis que son père et ses oncles, inquiets pour leur avenir dans une Espagne en difficulté, se sont laissés hypnotiser par les sirènes d’un libéralisme qui leur promettait modernité et prospérité économique : ils ont ainsi vendu le plus vieux des vieux oliviers du champ familial et gèrent au bout du compte un élevage industriel de poulets…

Depuis, le grand père s’est enfermé dans un mutisme total, refusant de manger, se laissant mourir, comme si en arrachant de son champ ce morceau d’éternité, on avait rompu la chaîne de valeurs qui le retenait à la vie. Complètement perdu, il ne s’intéresse plus à rien et s’échappe régulièrement, sans avertir personne, pour venir rajouter une pierre au petit tas qui s’accumule à l’emplacement douloureusement vide de l’olivier.

Voyant son grand père dépérir, Alma se met en tête de trouver l’endroit où cet olivier de 2000 ans a été transporté, persuadée que la seule chose qui peut redonner à son grand père sa joie de vivre, c’est d’arracher l’arbre du hall du siège social de glace, d’alu et de béton de la multinationale qui en a fait son emblème pour se donner bonne image et faire oublier qu’elle pourrit, par ailleurs, la planète par ses activités. Elle va embarquer copines, copains, tontons et relations tissées sur internet dans une histoire complètement folle et improbable, qui va les amener à Dusseldorf et qui raconte plein de choses sur le monde tel qu’il va…

Paul Laverty, scénariste du film, est le complice de Ken Loach depuis vingt ans. Il a reçu le Prix du meilleur scénario à Cannes en 2002 pour Sweet Sixteen. Après Le Vent se lève en 2006, le tandem Loach / Laverty vient de remporter pour la deuxième fois la Palme d’Or cannoise avec Moi, Daniel Blake (sortie en Octobre). Laverty avait déjà travaillé avec Iciar Bollain pour Ne dis rien et Même la pluie… qui ont marqué Utopia de leur passage.