Affiche du film L’effet aquatique

L’effet aquatique

de Solveig Anspach
Bande annonce
Film français et islandais sorti le 29 juin 2016
Avec Florence Loiret Caille, Samir Guesmi, Didda Jonsdottir, Philippe Rebbot, Esteban, Olivia Côte
Genre : Comédie dramatique
Durée : 1 h 23

Samir, la quarantaine dégingandée, grutier à Montreuil, tombe raide dingue d’Agathe. Comme elle est maître-nageuse à la piscine Maurice Thorez, il décide, pour s’en approcher, de prendre des leçons de natation avec elle, alors qu’il sait parfaitement nager. Mais son mensonge ne tient pas trois leçons – or Agathe déteste les menteurs! Choisie pour représenter la Seine-Saint-Denis, Agathe s’envole pour l’Islande où se tient le 10ème Congrès International des Maîtres-Nageurs. Morsure d’amour oblige, Samir n’a d’autre choix que de s’envoler à son tour…


Critique

Plus jamais, après avoir découvert cette comédie romantique burlesque et désopilante, vous ne direz avec désinvolture « Désolé, j’ai piscine » pour échapper à une invitation non désirée. Vous emploierez encore moins l’expression « zizi de piscine » (qui désigne le rétrécissement en principe inexorable de l’instrument masculin plongé dans l’eau froide et chlorée) car, vous allez le voir, la piscine ça peut être sacrément bandant !

Croyez en l’expérience de Samir, un quadragénaire plus habitué à l’air qu’à l’eau puisque grutier de son état, qui va trouver l’amour à la piscine Maurice Thorez de Montreuil, en la personne d’Agathe, maître nageuse, pourtant revêche et mal embouchée de prime abord. Passons sur le fait qu’il est peut-être incongru que Maurice Thorez, leader communiste historique, ait donné son nom à un établissement nautique, mais bon en même temps, on peut se dire qu’il n’y a pas mieux pour abolir la différence de classe que la piscine : une fois tout le monde moulé dans son petit slip de bain, plus de patrons ni d’ouvriers, tout le monde à égalité dans le grand ou le petit bain.

Mais revenons à Samir et Agathe. Samir sait parfaitement nager, mais comme il ne sait comment aborder Agathe, il va s’inscrire aux cours de natation, en prenant soin de trafiquer les plannings pour être sûr de se retrouver avec elle et non avec sa collègue délurée, qui lui fout un peu les jetons. Et si faire semblant d’être un barboteur débutant ne suffit pas, il est prêt à suivre sa naïade jusqu’en Islande, où elle est envoyée pour un congrès de maîtres-nageurs, ce qui va lui permettre de retrouver sa copine Didda, élue municipale un jour sur deux, ce qui lui laisse l’autre pour laisser libre cour à son inspiration de poétesse punk. Une fois sur place, notre Samir va être amené à se faire passer pour le représentant israélien, en charge d’un projet d’une « piscine de la paix » ! Et tout finira probablement dans un lagon de carte postale chauffé par l’énergie volcanique. Tout cela est de la plus haute et de la plus réjouissante fantaisie !

L’Effet aquatique est le troisième volet de la trilogie franco-islandaise de notre chère Solveig Anspach (dont nous avons programmé tous les films, le dernier en date : Lulu femme nue) disparue prématurément avant la fin du montage. Back soon se déroulait intégralement au pays des trolls et de Björk, Queen of Montreuil était situé tout entier en Seine Saint-Denis. Et on découvrait dans ces deux premiers volets les personnages de Didda, d’Agathe, de Samir. Avec L’Effet aquatique la boucle est bouclée, qui emmène tout son petit monde de Montreuil jusqu’en Islande. Mais sachez bien qu’il n’est pas du tout indispensable d’avoir vu les deux premiers films pour prendre un plaisir fou à celui-ci !

Solveig Anspach et son complice Jean-Luc Gaget usent à merveille du comique de l’absurde, avec des personnages secondaires savoureux (Philippe Rebbot, hilarant en directeur de piscine et dragueur foireux), et d’une poésie qu’on imagine très scandinave : douce, décalée, romantique. Une belle histoire d’amour funambule, qui nous transporte d’un monde aquatique domestique à un monde aquatique sauvage et grandiose, en jouant subtilement du côté érotique des lieux et des situations (Solveig Anspach dit avoir été très marquée par le troublant Deep end réalisé par Jerzy Skolimowski en 1970, éducation sensuelle d’un adolescent dans une piscine londonienne), en exaltant surtout la liberté et la générosité de personnages formidablement attachants. Un testament joyeux et frais que nous laisse la réalisatrice… et on espère que de là où elle est, elle nous verra rire et applaudir.