Affiche du film Le cœur régulier

Le cœur régulier

de Vanja d’Alcantara
VOSTFR
Bande annonce
Film belge, français et canadien sorti le 30 mars 2016
Avec Isabelle Carré, Jun Kunimura, Niels Schneider, Fabrizio Rongione, Masanobu Ando
Genre : Drame
Durée : 1 h 35

Trop longtemps séparée de son frère, Alice se rend sur ses traces au Japon, dans un village hors du temps, au pied des falaises. Ici, Nathan avait retrouvé l’apaisement auprès d’un certain Daïsuke. C’est au tour d’Alice de se rapprocher du vieil homme, et de ses hôtes. Dans une atmosphère toute japonaise, elle se remet à écouter son cœur…


Critique

Parfois, quand on a envie que tout cesse, qu’on s’apprête à sauter dans le vide, apparaît une main secourable, qui redonne le courage d’avancer. Au dessus de falaises battues par les vents marins, dans le lointain Japon, s’agrippe une petite maison où veille Daïsuke, un homme entre deux âges, qui guette ceux qui n’ont plus le cœur à vivre. Dans sa bouche, ni jugement, ni mots de consolation. Il est juste une oreille qui écoute. Il a laissé derrière lui son étrange passé, la somme de toutes ses impuissances pour se placer du côté de la barrière où il peut encore tenter de faire bifurquer le cours des choses. Ni héros, ni gourou, il est là où il lui semble devoir être.

Tout cela est étranger à Alice (Isabelle Carré), à son pays (la France), à sa réalité. Douillettement installée dans un quotidien impeccable : jolie maison design, sages chérubins, mari aimant (Léo). Chaque chose à sa place et pas plus de place pour la fantaisie que pour un grain de poussière. Alice pourrait être une illustration du poème de Jean Richepin : « Possédant pour tout cœur un viscère sans fièvre, un coucou régulier, et garanti dix ans ». Cette chose qui bat en elle, parfois un peu trop fort, qui brouille son regard sous ces cils disciplinés… elle évite d’y prêter attention et s’acharne à la faire taire. Nul soupir n’émane de ses lèvres sagement fardées et si tel était le cas, on imagine sans peine comment les braves gens de son entourage fondraient sur celle qui a tout pour être heureuse. Elle se meut par habitude, sans conviction, comme si elle passait à côté de sa propre vie, à côté d’elle-même. Alors que Léo se régale de soirées fréquentées par des gens de sa condition sociale, triés sur le volet, il s’étonne de voir sa femme étrangement absente, en souffrance d’une chose qu’elle ne sait même pas nommer.

C’est dans ce couple qui s’étiole que déboule, sans crier gare, Nathan, le jeune frère d’Alice. Vif, indépendant, bohème, vivant de l’air du temps, n’ayant pas peur d’avouer ses faiblesses, ses sentiments, ivre d’un amour incommensurable pour la vie. C’est une brise rafraîchissante qui déferle dans la maisonnée. Tout semble soudain respirer : les meubles, la cuisine qui déborde soudain de casseroles pleine de pâte à crêpes, les gosses qui se lèchent les doigts, osant rire de tout, comme mus par un droit à la désobéissance… et Alice qui s’illumine soudain. C’est un joyeux bordel ! Tous se régalent, s’enthousiasment, mis à part Léo, sans doute jaloux de voir le frangin prodigue réussir là où lui-même échoue depuis trop longtemps.

Nathan, bien décidé à reconstruire une forme d’intimité avec sa sœur, l’entraîne au cœur de la nuit pluvieuse. Ils enfourchent sa vieille moto, tels deux adolescents fougueux, assoiffés de vitesse et de sensations fortes, peu soucieux de la sécurité. Cela pourrait être léger… Nathan parle de ses voyages, de ses rencontres, d’une en particulier qui l’a bouleversé. Mais tout en babillant, il voit ce que les autres ne savent pas voir et pose la seule vraie question : « T’es où ma sœur, mon Alice ? Tu restes là, coincée dans ta petite vie parfaite… » Alice se défend avec de piètres armes, s’enlise, maladroite, et sans doute serait-elle retournée à sa torpeur lisse si Nathan, furieux, ne l’avait pas plantée là !

Alors, sur ses traces, Alice va entreprendre un voyage qui la conduira tout au bord des falaises de Tojimbo, que son frère arpenta, là où l’espoir peut renaître parfois. Au bout de son cheminement elle trouvera quelque chose qu’elle n’attendait pas. Un roulement de plus en plus régulier, comme celui d’un cœur qui bat…