Affiche du film Free State of Jones

Free state of Jones

de Gary Ross
VOSTFR
Bande annonce
Film américain sorti le 14 septembre 2016
Avec Matthew McConaughey, Gugu Mbatha-Raw, Mahershala Ali, Keri Russel, Christopher Berry, Brad Carter
Genre : Biopic, Drame, Guerre
Durée : 2 h 19

Avertissement : des scènes, des propos ou des images peuvent heurter la sensibilité des spectateurs.

En pleine guerre de Sécession, Newton Knight, courageux fermier du Mississippi, prend la tête d’un groupe de modestes paysans blancs et d’esclaves en fuite pour se battre contre les États confédérés. Formant un régiment de rebelles indomptables, Knight et ses hommes ont l’avantage stratégique de connaître le terrain, même si leurs ennemis sont bien plus nombreux et beaucoup mieux armés… Résolument engagé contre l’injustice et l’exploitation humaine, l’intrépide fermier fonde le premier État d’hommes libres où Noirs et Blancs sont à égalité.


Critique

Dès la première scène, le film nous embarque : un champ de bataille qui n’est rien d’autre qu’un champ de cadavres, des soldats qui avancent vers la mort, peur au ventre et baïonnette au fusil, le regard perdu vers un horizon en ruine et des ennemis qui leur ressemblent comme deux gouttes d’eau. Des vieux, des jeunes, des très jeunes même, lancés dans cette folie meurtrière décrétée comme toujours par les puissants, les grands propriétaires, bien en sécurité dans les états-majors ou leurs exploitations de coton. Cela pourrait se passer en 1916 à Verdun, mais nous sommes en 1863, en pleine guerre de Sécession et ici comme ailleurs, ici comme toujours, la chair à canon est la chair des paysans, des ouvriers, des miséreux, des pauvres diables.

Free state of Jones nous plonge dans cette guerre finalement assez méconnue chez nous et pourtant ô combien passionnante car elle porte en elle toutes les bases, mais aussi toutes les contradictions de l’histoire complexe et douloureuse des États-Unis, alors encore jeune démocratie bâtie sur un génocide, celui des Indiens, et nourrie par un asservissement, celui des Noirs. Magistralement documenté et réalisé avec toute l’ampleur qui sied à un grand film hollywoodien, Free state of Jones est un film complexe et profond qui raconte, avant tout, le parcours d’un homme révolté : Newton Knight, fermier du Mississippi qui prit la tête d’un groupe modeste de paysans et d’esclaves pour se battre contre les États confédérés. Un vrai personnage de cinéma inspiré d’un homme qui a bel et bien existé : charismatique, intrépide, audacieux, épris de justice et de liberté, qui fonda le premier État d’hommes libres où Noirs et Blancs seraient sur un pied d’égalité, l’État libre de Jones.

Mais revenons un peu en arrière… Newton Knight est donc un fermier pauvre des États du Sud. Il ne possède pas d’esclaves et s’oppose moralement à la sécession mais s’est pourtant porté volontaire, pour servir dans le même régiment que ses voisins, sa famille, ses amis dans ce Sud résolument pro-esclavage. En tant qu’aide-soignant, il n’a pas à combattre les soldats de l’Union dont il partage les idéaux. Écœuré de voir son neveu de quatorze ans tué sur le champ de bataille, écœuré par l’incessante boucherie, écœuré par la « Twenty Negro Law » qui permet aux riches propriétaires d’au moins vingt esclaves d’échapper à la conscription, il prend la décision irrévocable de ramener le corps de son neveu sur les terres de sa famille et devient alors déserteur, autant dire un homme à abattre.

Dans les marécages où il trouve refuge, il va vivre auprès d’esclaves noirs en fuite et prend alors conscience que quelle que soit la couleur de sa peau, chacun est l’esclave d’un plus riche, d’un plus puissant. Il s’aperçoit aussi que l’armée des Confédérés pille les maigres ressources de ceux qui ne sont pas sur le front au nom de l’effort de guerre. Les vieux, les femmes, les enfants se voient ainsi déposséder de leurs biens : le maïs, le coton, les bêtes. Newton décide alors de réunir une improbable armée d’hommes et de femmes prêts à défendre leur territoires, leurs biens et, au-delà, le fragile mais indispensable rêve d’égalité et de justice pour tous.