Affiche du film Évolution

Évolution

de Lucile Hadzihalilovic
Bande annonce
Film français, espagnol et belge sorti le 16 mars 2016
Avec Max Brebant, Julie-Marie Parmentier, Roxane Duran, Nathalie le Gosles, Mathieu Goldfeld
Genre : Fantastique
Durée : 1 h 21

Nicolas, onze ans, vit avec sa mère dans un village isolé au bord de l’océan, peuplé uniquement de femmes et de garçons de son âge. Dans un hôpital qui surplombe la mer, tous les enfants reçoivent un mystérieux traitement. Nicolas est le seul à se questionner. Il a l’impression que sa mère lui ment et il voudrait savoir ce qu’elle fait la nuit sur la plage avec les autres femmes. Au cours des étranges et inquiétantes découvertes qu’il fera, Nicolas trouvera une alliée inattendue en la personne d’une jeune infirmière de l’hôpital…


Critique

Si rares sont les grands films fantastiques français (nous préférerons taire la litanie des navets hexagonaux du genre) que nous ne pouvons que sauter de joie après la vision de ce petit bijou anxiogène, à la fois fascinant et inquiétant, qui va aller gratter vos angoisses enfantines les mieux enfouies.

Le propre du fantastique, c’est d’introduire des éléments étranges dans un univers tout à fait crédible, contemporain ou passé. Et de fait rien – du moins au début du film – ne paraît incongru dans la vie de Nicolas, un gamin de onze ans qui vit au bord de la mer, sur une terre volcanique aux plages noires de lave, comme il en existe sur les Iles Eoliennes, au Cap Vert, ou aux Canaries. Dans une maison cubique et pour le moins austère, qui ne permet pas de situer précisément l’époque mais peu importe. Il s’adonne aux jeux que tout enfant du littoral pratique, en particulier la plongée en apnée. Jusqu’au jour où il croit apercevoir sur le fond marin, entre étoiles de mer et bancs coralliens, le corps d’un enfant noyé. Mais sa mère ne le croit pas, lui dit assez sèchement que tout cela est le fruit de son imagination. Et petit à petit le doute nait chez l’enfant, qui était toute innocence et amour filial fusionnel. Des questions s’immiscent : pourquoi dans ce village ne vivent-ils qu’entre garçons du même âge et leurs mères, toutes jeunes et diaphanes ? Quel est cet étrange traitement qu’on leur impose dans cette clinique fantomatique ? Et si sa mère ne l’était pas ?

Scénariste puis réalisatrice singulière, Lucile Hadzihalilovic a toujours exploré les eaux troubles de l’enfance et la perte de l’innocence, autant dans son remarquable court métrage La Bouche de Jean-Pierre que dans son premier long métrage Innocence, huis-clos troublant autour d’une communauté de jeunes danseuses. S’immergeant ici dans le monde aquatique qui l’a toujours fascinée (elle a grandi au bord de la mer, au Maroc), elle aborde les angoisses de l’enfantement, de la mutation, de l’univers médical et chirurgical. Elle interroge l’ambivalence du rôle de la mère, qui ne veut pas forcément que du bien à son enfant…

Les amateurs du genre apprécieront à quel point Lucile Hadzihalilovic a parfaitement intégré les influences et références des grands cinéastes qui ont marqué sa cinéphilie. On ne peut pas ne pas penser, dans cette histoire trouble de mutations d’êtres semi marins, à David Cronenberg ou à « l’accouchement » de l’Alien de Ridley Scott. Mais c’est un film espagnol des années 1980, connu seulement des vrais afficionados – et qui traumatisa votre serviteur à peine adolescent –, Les Révoltés de l’an 2000 de Narciso Ibañez Serrador, qui a inspiré à la réalisatrice cette ile peuplée d’enfants, aux maisons cubiques que l’on croirait dessinées par une main juvénile.

Mais foin de toutes ces influences, Hadzihalilovic crée un univers bien à elle, installe un climat fascinant grâce à une mise en scène d’une grande maîtrise qui joue parfaitement de la lumière, des paysages singuliers des Canaries, des fonds marins ou des intérieurs quasi-carcéraux de la clinique… Le film est profondément étrange et séduisant, comme le visage de madones flamandes de ses deux magnifiques actrices, Julie-Marie Parmentier et Roxane Duran.