Affiche du film Comme des lions

Comme des lions

de Francoise Davisse
Bande annonce
Film français et belge sorti le 23 mars 2016
Genre : Documentaire
Durée : 1 h 55

Séance unique en présence de Philippe Julien, délégué CGT du site PSA Aulnay, acteur de ce combat, le vendredi 14 octobre à 20 h 30.

Comme des lions raconte deux ans d’engagement de salariés de PSA Aulnay, contre la fermeture de leur usine qui, en 2013, emploie encore plus de 3 000 personnes dont près de 400 intérimaires. Des immigrés, des enfants d’immigrés, des militants, bref des ouvriers du 93 se sont découverts experts et décideurs. Ces salariés ont mis à jour les mensonges de la direction, les faux prétextes, les promesses sans garanties, les raisons de la faiblesse de l’état. Bien sur ils n’ont pas « gagné ». Mais peut être faut-il arrêter de tout penser en terme de « gain ». La vie est faite d’expériences, de risques, d’aventure et de fierté. Et là, ces deux ans sont une tranche de vie exceptionnelle. Un moment d’intelligence collective, de démocratie et de révélations.


Critique

« Ce film n’est pas l’histoire d’une lutte mais une façon de se plonger dans ce que l’intelligence ouvrière peut amener de plus beau. » Françoise Davisse

C’est un film qui commence par la fin. Point de surprise puisque l’usine de Peugeot Aulnay, fleuron de la marque durant des décennies a, malgré quatre mois de grève d’une partie de ses ouvriers, fermé ses portes en avril 2014, victime des stratégies financières d’un grand groupe pourtant bénéficiaire et largement aidé par l’État. Dans la séquence d’ouverture, on voit quelques ouvriers autrefois grévistes dans leur usine à l’arrêt, en passe d’être démantelée, exprimer leur sentiment. Et étrangement, au lieu d’être hébétés, résignés, écœurés, ils ne se montrent pas peu fiers d’une lutte qui non seulement leur a apporté des avancées significatives (10 millions d’euros arrachés au groupe pour ceux qui ont dû définitivement partir) mais a surtout prouvé la force de la solidarité ouvrière et sa dignité inaliénable. Car a contrario de bien des films de lutte où les ouvriers sont trop souvent vus comme de simples victimes du patronat, Comme des lions est un magnifique portrait de travailleurs que rien, pas même la perspective du chômage injuste, ne semble devoir abattre.

Mais revenons comme dans le film quelques deux ans auparavant. Les chaînes de montage tournent à plein, l’usine fabrique à un rythme effréné la célèbre C3, grand succès que l’on peut croiser à chaque coin de rue. L’usine semble une fourmilière, où les ouvriers de toutes origines (plus de quarante nationalités différentes) se côtoient, symbole d’un monde ouvrier qui transcende les différences culturelles. Et puis tombe par hasard, et sous le sceau de l’anonymat, dans la boîte aux lettres du syndicat CGT PSA, la copie d’un plan secret du groupe pour faire fermer l’usine et sceller le sort de ses 3000 ouvriers. La réalisatrice, habitante de Saint-Denis et voisine du secrétaire CGT de l’usine Philippe Julien, filme les premières réunions, les premières mobilisations, les premières entrevues avec les politiques, notamment avec François Hollande qui, en pleine campagne présidentielle et sous le regard des caméras, s’avance au devant d’un rassemblement des lions pour leur promettre de se battre pour eux. Et puis, malgré le déni initial de la direction, le couperet tombe et PSA annonce – comme par hasard au cœur de l’été 2013 – la fermeture d’Aulnay. Ce sera ensuite le Plan Social d’Entreprise en octobre et à partir de janvier 2014 le début de la grève, les promesses des ministres (le très beau parleur Montebourg), les actions coup de poing, comme l’occupation du siège du MEDEF ou de la Direction du Travail.

Comme des lions se voit comme un film d’aventure où chacun avance ses pions, et on est gagné par la jubilation de l’action, avec quelques moments de franche rigolade. Une lutte avec ses hauts, ses bas, ses rebondissements heureux ou malheureux, ses étapes inéluctables comme la trahison du syndicat maison et des politiques ou la manipulation du patronat qui accuse faussement les grévistes de violences pour mieux casser la grève, accusations évidemment reprises sans preuve par les médias dominants, et enfin les mensonges éhontés du groupe sur les reclassements (moins de la moitié par rapport aux annonces). Mais ce qu’on retient surtout de ce film réjouissant, c’est le sens admirable de l’écoute et de la démocratie dont font preuve les ouvriers, parfois en désaccord mais qui s’inclinent devant la majorité, c’est cette intelligence du collectif toujours prêt à rebondir malgré les difficultés, comme quand les grévistes organisent une opération péage gratuit à Senlis pour abonder la caisse de grève. Et puis il y a ces personnages qui émergent : Jean-Pierre Mercier bien sûr, le délégué CGT PSA le plus médiatique avec sa gouaille et son humour imparable, le toujours digne Philippe Julien, sans oublier Agathe et Ghislaine Tormos, parce que contrairement aux clichés, la grève dans l’automobile est aussi une histoire de femmes. D’autres plus anonymes et pas forcément syndiqués s’éveillent à la conscience politique et s’avèrent de redoutables combattants. Car comme le disait le regretté philosophe marxiste Daniel Bensaïd , « Les seuls combats que l’on perd sont ceux que l’on n’a jamais menés. »