Affiche du film A war

A war

de Tobias Lindholm
VOSTFR
Bande annonce
Film danois sorti le 1 juin 2016
Avec Pilou Asbæk, Tuva Novotny, Dar Salim, Soren Malling, Charlotte Munck
Genre : Drame, Guerre
Durée : 1 h 54

Le commandant Claus M. Pedersen et ses hommes sont affectés dans une province d’Afghanistan, tandis qu’au Danemark, sa femme, Maria, tente de faire face au quotidien et d’élever seule leurs trois enfants. Au cours d’une mission de routine, les soldats sont la cible d’une grave attaque. Pour sauver ses hommes, Claus va prendre une décision qui aura de lourdes conséquences pour lui, mais également pour sa famille…


Critique

Dans le petit matin gris, une troupe progresse à travers un massif montagneux. Des ombres que l’on pourrait prendre pour de paisibles randonneurs si elles n’étaient arnachées comme des chevaliers teutoniques. Nous sommes en Afghanistan et nous cheminons avec précaution aux côtés d’un petit groupe d’hommes membres du corps expéditionnaire danois en charge de protéger les populations et de maintenir l’ordre dans les villes et les campagnes. Une simple opération de police, comme l’affirmaient sans rire les autorités françaises au beau temps des colonies, elles-mêmes en charge à l’époque du maintien de l’ordre en Algérie. Hier, les Aurès avec l’armée française, aujourd’hui la province de Helmand avec l’armée danoise. Mêmes contreforts escarpés, même végétation chiche, même villages misérables accrochés à la montagne, mêmes opérations de police qui tentent de taire leur nom alors qu’il s’agit bien d’une guerre.

A war d’ailleurs, dès les premières images, nous enfonce bien cette évidence dans le crâne. Une explosion violente éclate comme pour nous confirmer que l’on ne joue pas un remake de La Grande vadrouille. Un des hommes du petit groupe vient de sauter sur une mine, posée la nuit précédente par les talibans. Nous sommes loin de l’imagerie bonhomme d’Hollywood véhiculée par les exploits d’Audie Murphie, le soldat le plus décoré de la seconde guerre mondiale où les choses guerrières se passaient à l’écran comme à la parade, « vivez jeune, mourez jeune et faites un beau cadavre » disait James Dean.

Rien de tout cela dans la situation décrite en ouverture du film. Dans un plan aussi sec que la caillasse alentour, se vide de son sang un jeune corps qui tressaille, les yeux chargés d’effroi à l’approche de la mort. Une chose tellement incongrue à cet âge de la vie, pendant que tout autour s’affolent les copains qui découvrent avec stupeur que la guerre peut tuer, tandis que se déploie la mobilisation du ban et de l’arrière ban de la chaîne de commandement pour disputer les restes pantelants du gamin à la camarde.

Rien de tel, se prend on à penser, que des instants semblables pour comprendre toute l’absurdité d’un tel conflit. Mais que venait-il faire dans cette galère, cet heureux rejeton d’un petit pays fait pour le bonheur alors qu’il aurait été tellement plus simple et moins cruel de ne pas la faire cette guerre en le laissant mourir, soixante ans plus tard, dans son lit.

Alors, bien sûr, on sait que, là ou ailleurs, il n’est plus d’usage d’enseigner l’histoire à nos chères têtes blondes. Mais quand même, nier à ce point la spécificité de l’Afghanistan relève d’une singulière ignorance de son histoire, car, excusez du peu, ce pays et ses habitants d’une incroyable rudesse se montrèrent toujours rétifs à toute forme d’intrusion au point que même le Royaume Uni, la puissance coloniale championne toutes catégories, dont on disait que le soleil ne se couchait jamais sur son empire, dut plier bagage craintivement à la fin du xixe siècle devant la résistance acharnée des autochtones. Un siècle plus tard, on se souvient aussi que les Soviétiques, appelés au secours par le régime communiste de Babrak Karmal, durent aussi se retirer après un conflit qui laissa l’ogre russe parfaitement chancelant. Plus près de nous encore, on sait combien les Américains, après avoir contribué à chasser les Russes, sont eux-mêmes largement tenus en échec par les talibans et il ne fait aucun doute qu’ils seront eux-mêmes appelés un jour à quitter le pays.

On peut, du coup, s’interroger sur les raisons qui poussèrent ce petit pays d’Europe du Nord à embarquer des troupes dans une pareille aventure et ce d’autant plus qu’engoncé dans son humanisme et son respect de l’état de droit, ce pays de cocagne n’était pas le plus armé pour affronter un conflit dans lequel tous les coups sont permis, même les plus tordus. L’histoire en effet nous rappelle aussi de quoi furent capables Anglais, Russes et Américains dans leurs guerres coloniales pour imposer leurs lois. Et c’est tout le sujet de ce film ardent et généreux : comment ce petit pays, pétri d’humanité et de respect des droits de l’homme, peut-il s’inscrire sans perdre son âme dans une guerre d’une barbarie absolue faite sur mesure pour des barbares.