Affiche du film It follows

It follows

- 12 VOSTFR
Film américain sorti le 4 février 2015
Réalisé par David Robert Mitchell
Avec Maika Monroe, Keir Gilchrist, Daniel Zovatto, Jake Weary
Genre : Horreur
Durée : 1 h 40

Synopsis

Après une expérience sexuelle apparemment anodine, Jay se retrouve confrontée à d’étranges visions et  l’inextricable impression que quelqu’un, ou quelque chose, la suit. Abasourdis, Jay et ses amis doivent trouver une échappatoire à la menace qui semble les rattraper…


Critique

Petit matin blafard dans une banlieue pavillonnaire américaine. Une jeune fille sort de chez elle échevelée, visiblement paniquée, pieds nus dans un déshabillé de soie. Elle court en zigzags erratiques, regardant derrière elle ; un voisin lui propose de l’aide, elle l’ignore, grimpe dans sa voiture, démarre en trombe. On la retrouve sur une plage au crépuscule, accroupie, livide, appelant son père au téléphone pour lui dire qu’elle l’aime, s’excuse d’avoir été si souvent pénible. Elle va mourir, elle le sait, elle est terrorisée. Qu’est-ce qui la suivait ? Qu’est-ce qui l’a tuée ? Mystère. Le « It », de It follows, n’est jamais visible que par celui qui est traqué. Existe-t-il ? Est-il un fantasme ? Cette séquence d’ouverture plonge d’emblée le spectateur dans une atmosphère de terreur blanche, d’autant plus anxiogène que la menace n’est pas montrée – elle finira par se dévoiler un peu, mais sans jamais cesser d’être floue, s’incarnant à chacune de ses apparitions dans un corps différent, plus ou moins délabré, reconnaissable à une déambulation lente et mécanique, proche de celle d’un zombie.

Très loin de la tendance sensationnaliste, hyper violente et gore, qui caractérise le genre fantastique/horreur aujourd’hui, It follows s’inscrit plutôt dans une tradition de la suggestion, héritière de Jacques Tourneur. Le film, c’est la première chose qui frappe, est d’une grande beauté. Ses partis pris – sophistication plastique des cadres où les adolescents apparaissent isolés, dans de grands décors déserts, légère phosphorescence des couleurs, importance de l’élément liquide, paysages sonores raffinés… – exaltent l’inquiétante étrangeté qui en fait le charme.
Après l’introduction, l’action se déporte sur d’autres personnages, issus de cette même zone périurbaine où la menace se répand comme une sale MST. David Robert Mitchell reprend le motif, classique dans le cinéma d’horreur, de la menace de mort qui s’abat sur les adolescents ayant eu un rapport sexuel, mais il lui donne un tour plus pervers qu’à l’accoutumée : pour se défaire de la malédiction, les victimes doivent coucher avec un nouveau partenaire, qui deviendra la proie à son tour…

Le mal prospère ainsi au fil d’une chaîne de séduction et de tromperie, créant une solidarité d’égoïsme et de lâcheté entre ceux qui le propagent. Ce mode opératoire évoque aussi bien la pratique sexuelle du barebacking (sexe sans protection), que le mécanisme des subprimes, ces contrats promettant monts et merveilles à des gens de peu, qui en ont entraîné tant dans la misère. Que le film se passe dans la périphérie de Detroit, fleuron de l’industrie américaine aujourd’hui en faillite, où la crise des subprimes a eu des conséquences particulièrement désastreuses, n’est pas anodin…

La malédiction qui s’abat sur les adolescents est autant sexuelle et psychologique que sociale et politique. Ses proies sont toutes issues de cette petite bourgeoisie blanche qui a déserté le centre-ville, l’abandonnant aux plus pauvres, aux Noirs, interdisant à ses enfants d’y mettre les pieds (c’est du moins ce que disent les personnages), comme s’il s’agissait d’une zone contaminée. Les adultes sont aux abonnés absents, comme si la société dépeinte ici, repliée sur son cynisme, son individualisme stérile, sa nullité politique, avait renoncé à exercer ses responsabilités. L’extinction de la malédiction passera par une remise en question de ce rapport au monde, une maturation morale des personnages qui prend la forme d’une purification, dans laquelle on peut aussi voir un baptême politique.

(I. Régnier, Le Monde)



Images du film